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Épuisé, sous-financé, et ayant de plus en plus de difficulté à répondre à la demande grandissante, le milieu communautaire tire la sonnette d’alarme.
À travers le Québec, ce sont plus de 1 600 organismes qui ont rejoint le mouvement Le communautaire à boutte, réclamant que le gouvernement augmente significativement leur financement.
C’est à l’église St-Mark de Longueuil, où la branche locale de l’organisme a érigé son quartier général avec le soutien de la Ville et de sa mairesse, Catherine Fournier, que les militants ont donné le coup d’envoi à une grève de deux semaines, les poings levés, lundi matin.
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Au milieu de la salle communautaire, réunis autour d’un café filtre, des militants du mouvement né l’automne dernier à Shawinigan discutent de leur lutte pendant que d’autres confectionnent des affiches.
Marie Larose, cheffe d’équipe à la Maison des Jeunes la Porte Ouverte, située à Saint-Hubert, lève les yeux de la sienne.
Comme toutes les personnes réunies aujourd’hui, elle est au bout du rouleau. « Tu fais trois ans de formation pour être payée deux piasses de plus que le salaire minimum. Tu crèves de faim », déplore-t-elle.
« J’ai de la misère à payer mon loyer à tous les mois », lance la locataire d’un 1 ½. « Mon loyer, c’est à peu près ma paye aux deux semaines. » La travailleuse a donc elle-même recours à des organismes communautaires pour subvenir à ses besoins. « Je ne serais pas capable de payer mon épicerie si je ne recevais pas de la bouffe. »
Sa collègue, Jessica Desormeaux, coordinatrice de la même maison des jeunes et mère de deux enfants en bas âge, abonde dans le même sens. « C’est difficile. Une chance qu’on a papa qui a un meilleur revenu, parce qu’on ne pourrait pas y arriver. »
Derrière un comptoir situé quelques mètres plus loin, deux travailleuses de l’Espace MAM, un organisme qui œuvre en périnatalité à Saint-Hubert, préparent une soupe pour leurs comparses.
« Il y a de plus en plus de besoins, c’est incroyable. Puis, le réseau nous réfère tellement de familles, et on ne subvient pas aux demandes », se désole l’adjointe administrative Annie Massicotte, qui souhaiterait pouvoir mieux accompagner les usagers. Leur organisme, sous-financé et débordé, a complètement suspendu ses services pour les deux semaines de grève à venir.
« Avec mon salaire de base, je ne peux même pas payer mon loyer », soupire-t-elle. « J’ai un conjoint. Une chance! Parce que sinon, j’y arriverais pas. »
Sa collègue, Gabriela Diaz, intervenante périnatale, opine de la tête. « Si je suis allée travailler dans le communautaire, c’est parce que j’avais un conjoint qui pouvait pallier le manque de salaire. » Dans l’éventualité d’une séparation, elle se retrouverait dans une situation de précarité. « C’est toujours une question qui me trotte dans la tête : est-ce que je vais devoir choisir entre ma famille, mes enfants, payer mon loyer, et ma job? »
La réalité de ces femmes en est une que Sophie Tétrault-Martel, co-porte-parole du Communautaire à boutte et intervenante communautaire au Centre des femmes de Longueuil, voit trop souvent. Selon elle, se dire : « Si je me sépare, je vais devoir changer de job », est monnaie courante dans le milieu.
Sophie Tétrault-Martel, qui était de passage à Tout le monde en parle dimanche dernier, rappelle qu’au Québec, les travailleurs du milieu communautaire sont majoritairement des femmes.
« Le salaire moyen, dans le milieu communautaire, c’est 25 dollars l’heure. […] On sait qu’il y a du monde qui gagne vraiment en bas de ça aussi, et la grande majorité n’a pas d’assurance collective ni de régime de retraite », déplore-t-elle.
Selon une estimation du Réseau québécois de l’action communautaire autonome, au cours des dix dernières années, le milieu aurait perdu entre 8 000 et 10 000 employés. De plus, un rapport de l’Observatoire de l’action communautaire autonome estime qu’en moyenne, il manquerait trois employés par organisme pour répondre à la demande.
Selon Sophie Tétrault-Martel, une telle perte s’explique, entre autres, par des salaires peu élevés, de mauvaises conditions de travail, et les cas d’épuisement professionnel.
« Le gouvernement nous méprise en ce moment. Il y a un mépris total, une déconnexion avec la réalité sur le terrain », lance-t-elle.
« Si on ne fait rien aujourd’hui, dans dix ans, ce sont des dizaines et des centaines de groupes à travers le Québec qui devront fermer leurs portes », met en garde Martin Boire, directeur général de la Corporation de développement communautaire (CDC) de l’agglomération de Longueuil.
Par exemple, la halte-garderie Barbaparents, située dans un quartier défavorisé de Longueuil, a été contrainte de fermer définitivement, faute de financement. Et voilà que le Centre d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) Longueuil a récemment annoncé qu’il devra mettre la clé sous la porte le 31 mars prochain si le gouvernement n’intervient pas d’ici là.
Et quand un organisme est contraint de fermer ses portes, « ça a des impacts sur la population [pendant plusieurs] années », prévient Martin Boire.
« D’un côté, le gouvernement dit qu’on joue un rôle essentiel, que ce qu’on fait est important, qu’on est la première ligne, qu’on prévient la détresse […]. Mais de l’autre, il ne nous donne pas le financement pour qu’on puisse jouer ce rôle-là », déplore-t-il.
Les organismes sont alors forcés de se tourner vers des fondations privées pour pallier le manque de financement. « Mais tout ce travail qu’on met à trouver du financement, c’est du temps qu’on ne met pas à aider les populations vulnérables. »
« Il y a douze ans, on disait : “On fait des miracles avec peu”. Aujourd’hui, on fait notre possible avec rien », conclut Martin Boire.
Durant les deux prochaines semaines, des actions du Communautaire à boutte sont prévues à travers le Québec. Puis, une grande manifestation aura lieu devant l’Assemblée nationale le 2 avril prochain.
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Le directeur général de la CDC de l’agglomération de Longueuil insiste sur le fait que le gouvernement a tout à gagner en investissant davantage dans le communautaire. Selon une étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), au Québec, chaque dollar investi dans les organismes communautaires permettrait d’économiser douze dollars en coûts de santé sur six ans.
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