Parti culinaire du Québec
Photo : Salomé Maari, URBANIA

Changer la politique, une assiette à la fois

Le chef de parti qui rêve d'une révolution gourmande.

2 septembre 2026
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Au départ, Chef Thémis voulait simplement mettre un peu de piquant dans les élections québécoises, qu’il trouvait trop « drabes ». Mais huit ans après sa fondation, le Parti culinaire du Québec est toujours bien en vie. Rencontre avec Jean-Louis Thémistocle Randriantiana, qui veut changer le Québec, une carotte à la fois.

Photo : Salomé Maari, URBANIA
Photo : Salomé Maari, URBANIA

« Les gens ne vont plus voter parce qu’il n’y a plus rien qui les intéresse », laisse tomber l’ancien professeur de l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ), assis à la table de cuisine de son condo coloré, qui fait aujourd’hui office de local électoral.

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« Alors, poursuit-il, ma retraite approchait, et je me suis dit : je vais divertir les gens. » Et divertir, ç’a toujours été son truc, lui qui a fait de la télé, participé à des documentaires et écrit des livres. C’est ainsi que ce personnage haut en couleur a fondé le Parti culinaire du Québec, en 2018.

Avec son slogan « C’est bon ! », la formation politique appelle à une « révolution gourmande ». Elle souhaite faire du Québec la première « gastronocratie » au monde, soit une société où le bon manger serait au cœur de tout et dicterait les décisions politiques.

Né d’un désir de faire sourire, le Parti culinaire, constate Chef Thémis, répond à un appétit politique qu’il ne soupçonnait pas.

La pancarte électorale de Jean-Louis Thémis, en 2022. Il se présentait alors dans Gouin.
Photo tirée du compte Facebook du Parti culinaire du Québec
La pancarte électorale de Jean-Louis Thémis, en 2022. Il se présentait alors dans Gouin.
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LA BOUFFE, C’EST DU SÉRIEUX

« Je me suis fait piéger, parce que… ça tient la route ! Je veux dire, merde, finalement, acheter une carotte, c’est politique », lance-t-il.

C’est avec l’image de ce légume de terre qu’il essaie de rallier de nouveaux « gastronocrates », en tentant de les convaincre que « le pouvoir est dans l’assiette ». Selon lui, choisir d’acheter une carotte du Québec plutôt qu’une carotte américaine, c’est un geste « patriotique », qui encourage l’économie locale et réduit l’empreinte environnementale.

Pour le fondateur de Cuisiniers sans frontières — un organisme à but non lucratif offrant des formations en cuisine à des personnes à faibles revenus à travers le monde — la gastronomie possède une force unificatrice qui « transcende les frontières ».

Selon lui, la nourriture est un prétexte pour parler d’histoire, d’éducation, d’inégalités et de santé. Tout ça, faut-il souligner, au milieu d’une guerre commerciale doublée d’une hausse fulgurante du prix du panier d’épicerie.

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« Manger, c’est le bonheur, continue Chef Thémis. Et je pense que ce mot-là est occulté en politique. Je n’ai jamais entendu un parti parler du bonheur… »

UN PARTI EN PLEINE EXPANSION

Chef Thémis était le seul candidat de son « parti du bonheur », tel qu’il est décrit sur son site web, à se présenter aux élections de 2018. En 2022, une deuxième candidate a rejoint les rangs de la formation politique, ce qui lui a permis de récolter 356 voix.

Cette année, le nombre de candidats pourrait doubler… et passer à quatre. Mais ce n’est pas gagné d’avance, car pour faire officiellement partie de la course, les aspirants candidats doivent récolter 100 signatures d’électeurs dont le nom figure sur la liste électorale de la circonscription dans laquelle ils souhaitent se présenter.

Lundi avant-midi, Chef Thémis en avait cumulé 48 après une récolte d’environ une semaine.

Si les autres aspirants candidats du parti gourmand arrivent eux aussi à récolter suffisamment de signatures, la formation politique présenterait des candidats dans les circonscriptions de Laurier-Dorion (Chef Thémis), Sainte-Marie–Saint-Jacques (Justin Bouchard, étudiant à l’ITHQ), Chambly (François Pellerin, chef propriétaire de la Boulangerie du Vieux Chambly), et Saint-Hyacinthe (Julie Desmarais, fiscaliste).

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Récolter ces signatures, ce n’est pas de la tarte, souligne le cuisinier, estimant qu’il lui faut approcher au moins dix personnes afin d’en convaincre une seule. Et ça, c’est sans compter la pile de paperasse sous laquelle il croule. « C’est vraiment aliénant. »

Photo : Salomé Maari, URBANIA
Photo : Salomé Maari, URBANIA

« TOUJOURS LES CINQ MÊMES PARTIS »

Les difficultés que rencontrent les petits partis et les candidats indépendants au Québec sont d’ailleurs abordées dans le documentaire Les perdants (2025), réalisé par Jenny Cartwright (co-dirigeante du Parti nul) et produit par l’Office national du film du Canada (ONF). Le film suit trois candidats qui n’avaient aucune chance d’être élus lors de la campagne de 2022 — dont Chef Thémis — et critique le système électoral québécois pour ses failles en matière de proportionnalité et de règles de financement des partis.

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Aujourd’hui, celui qui a été propriétaire de restaurants reste critique de ce système qui, selon lui, laisse peu de place aux petites formations politiques. « C’est dommage qu’on entende toujours les cinq mêmes partis », déplore-t-il.

Lorsqu’il a lancé le Parti culinaire du Québec, le cuisinier rêvait de se retrouver dans des assemblées pour débattre et défendre ses idées. « Ce n’est arrivé qu’une seule fois, il y a quatre ans », dit-il avec déception.

Chef Thémis lors d’un débat organisé dans Gouin, en 2022. (Capture d’écran tirée du film « Les perdants ».)
Capture d’écran tirée du documentaire « Les perdants »
Chef Thémis lors d’un débat organisé dans Gouin, en 2022. (Capture d’écran tirée du film « Les perdants ».)

Thémis avait alors participé à un débat l’opposant à d’autres candidats de la circonscription de Gouin dans laquelle il se présentait alors, dont Gabriel Nadeau-Dubois. Sauf qu’il n’avait été invité qu’avec deux heures de préavis, après avoir demandé pourquoi l’exercice était réservé aux grands partis.

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En dépit des obstacles rencontrés, de l’ampleur de la charge de travail, et du peu de votes qu’il récolte, Chef Thémis continue, pour une troisième campagne, de mettre les bouchées doubles afin de convaincre les Québécois de se joindre à sa révolution gourmande. Lorsqu’on lui demande pourquoi, il éclate de rire, avouant s’être souvent posé la question. « Parce que j’y crois », répond-il.

Au cours des prochaines semaines, le cuisinier continuera de mettre la main à la pâte en allant à la rencontre des citoyens de Laurier-Dorion. « Quand je parle du Parti culinaire du Québec aux personnes à qui je me présente avec mon petit carton, ça les fait sourire, dit-il. Quand ils sourient, je dis : “Ah, j’ai déjà gagné…” »

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