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Il n’y a pas si longtemps, Montréal était une plaque tournante pour les artistes émergents.
Grâce à l’influence de groupes comme Arcade Fire, Godspeed You ! Black Emperor, Chromeo, Wolf Parade et Islands, une génération entière de jeunes artistes ont convergé vers notre métropole pour vivre son effervescence créative et plusieurs d’entre eux sont restés. Des artistes comme Colin Stetson, saxophoniste originaire du Michigan, qui vit à Montréal depuis maintenant presque vingt ans.
Colin qui ? Vous avez regardé Hereditary ? Color Out of Space? Le documentaire Netflix sur Martha Stewart ? La série Something Very Bad Is Going to Happen ? Vous avez écouté l’album de Tom Waits Blood Money ? Neon Bible, The Suburbs et Reflektor d’Arcade Fire ? Bon Iver, Animal Collective, Timber Timbre ? Partout, sur la musique contemporaine, on retrouve l’empreinte du saxophone de Colin Stetson.
Si cet instrument que l’on croyait réservé au jazz et aux chansons de Bruce Springsteen qui ont mal vieilli a désormais atteint un public plus varié, c’est en partie grâce à lui.
« Les seules limitations que je perçois à mon instrument sont celles en rapport avec sa construction. Je ne laisse pas les structures musicales ou les idées reçues m’imposer de règles », explique le principal intéressé.
De passage au Théâtre Outremont pour le lancement de son album collaboratif All the Light in the World avec la joueuse de cornemuse Brìghde Chaimbeul, ils ont pris quelques minutes pour jaser de la résurgence de leurs instruments respectifs dans la culture populaire.
« L’important quand on collabore, comme dans n’importe quel projet, c’est de bien choisir en amont de qui on s’entoure », philosophe Stetson, qui en est à son cinquième projet en 2026. « Si quelqu’un a des idées arrêtées sur comment faire de la musique, ça ne m’intéresse pas de travailler avec. La collaboration avec Brìghde était naturelle parce qu’on a créé dans le moment. On voulait faire quelque chose qui n’existait pas. »
Le saxophone et la cornemuse sont deux instruments ancrés dans une approche plus traditionnelle de la musique, un paradigme duquel les deux artistes ont dû apprendre à se défaire. Dès l’adolescence, Colin s’amusait à apprendre les solos de Jimi Hendrix sur son propre instrument et à expérimenter avec la multiphonie. Le parcours de Brìghde a été un peu plus long. « Le monde de la cornemuse tient à ses traditions. C’est difficile, même, de penser en dehors. C’est au fil du temps que j’ai commencé à expérimenter. Il n’y a pas eu de moments précis », révèle-t-elle.
Colin et Brìghde se sont rencontrés en 2019 et en sont à leur cinquième collaboration. C’est un ami commun qui les a présentés, le violoniste Aidan O’Rourke. Ils ont composé ensemble en une semaine All the Light in the World, en janvier dernier, à Montréal. « La neige tombait tout doucement. C’était une période hyper tranquille et inspirante », se remémore Brìghde.
Le compositeur abonde dans le même sens. « On a juste pris le temps de faire quelque chose sans avoir d’attentes à savoir ce que ce serait au juste. Ça a donné un album un peu festif, mais un peu triste aussi. Un peu comme lorsqu’on laisse quelque chose derrière pour essayer quelque chose de nouveau. »
C’est en 2011 que Colin Stetson commence à composer des bandes originales de film. Sur une invitation du réalisateur français Alexandre Moors, il signe la musique du film Blue Caprice, sur les tireurs qui ont terrorisé Washington DC en 2002.
Il accepte, même s’il était alors au beau milieu d’une tournée. Pour lui, c’était un projet comme un autre. Colin Stetson fait de la musique comme il l’entend et ne catégorise pas nécessairement ses projets en fonction de leur usage. « La chose la plus importante, lorsque vient le temps de dire oui ou non à un film, c’est encore une fois de choisir à quoi je dis “oui”. Je veux travailler sur des films que j’ai pas déjà vus et avec des réalisateurs qui veulent que j’y aille à fond et que je leur fournisse quelque chose qu’eux aussi, n’ont jamais entendu. »
Les projets se sont enchaînés par eux-mêmes et se sont greffés à l’horaire de travail de Colin, qui préfère s’y vouer lorsqu’il n’est pas en tournée. Son travail sur Hereditary a bien sûr fait tourner plusieurs têtes, mais aussi sur une nouvelle adaptation de Texas Chainsaw Massacre parue en 2022, The Menu en 2023 et l’adaptation du manga d’horreur Uzumaki.
S’il est aussi productif et apte à jongler avec toutes sortes de projets, c’est parce que la musique est une vocation à laquelle se voue Colin depuis 1991, peu importe le temps ou l’effort qu’elle exige ni le revenu qu’elle produit. Depuis 1999, il enregistre en solo ou en soutien à des musiciens de renom. Pour lui, le succès, c’est de continuer à créer, de transcender les barrières qu’on se met nous-mêmes et de continuer de repousser les possibilités de son instrument.
« Très tôt dans ma carrière, on m’avait engagé pour jouer au sanctuaire de Saint François d’Assise, à San Francisco. Je jouais tout seul dans ce magnifique espace et les moines sont venus me voir après pour me dire à quel point [ma performance] les avait touchés. Je ne suis pas une personne religieuse, mais j’ai un grand respect pour les espaces spirituels. Pour moi, ça représente un succès au même titre qu’un autre. C’est une autre occasion de connecter avec mon saxophone comme je peux le faire avec un film d’horreur ou un documentaire sur la NASA », explique Colin.
Après la courte tournée promotionnelle pour All the Light in the World, Colin a l’intention de rentrer chez lui et de jouer du saxophone. Si sa musique rayonne plus que lui, c’est par choix. Ce qui l’intéresse, c’est jouer de la musique. Le succès et la fierté sont les fruits d’une passion et d’un dévouement total.