Anxiété de perfo

Comment parler d’anxiété de performance avec mon* partenaire?

Ou une (genre de) leçon inédite tirée de « Spider-Man ».  

19 août 2026
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* J’utilise partenaire au masculin, car je m’intéresserai plus particulièrement à l’anxiété de performance chez les hommes cisgenres.

Récemment, une amie de retour sur le marché du dating m’écrivait pour me parler de ses aventures avec quelques partenaires masculins. Elle m’a partagé qu’à sa grande surprise, parmi trois hommes rencontrés et fréquentés en alternance, deux d’entre eux souffraient d’une importante anxiété de performance.

Petite parenthèse avant de poursuivre :

L’anxiété de performance sexuelle, c’est quand une personne ressent une importante crainte face à l’idée d’échouer au lit. Elle peut prendre plusieurs formes : avoir peur de ne pas être compétent.e, de ne pas faire jouir l’autre, de perdre son érection, se dissocier du moment présent, être trop dans sa tête, etc. Dans le cas de mon amie, les hommes en question avaient, entre autres, peur de ne pas être à la hauteur de certains scripts masculins de domination/d’avoir à leader, mais aussi de ne pas réussir à la satisfaire.

Un peu tombée des nues, elle m’a demandé :

« Comment ça se fait que j’avais pas en tête que les hommes peuvent souffrir d’anxiété de performance dans la sexualité ? »

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J’ai donc eu envie de lui répondre (et, clairement, de vous inclure dans cette conversation).

UN PHÉNOMÈNE MASCULIN ?

Évidemment, l’anxiété de performance ne touche pas que les hommes. Toutefois, ce sont eux qui remportent la manche. Selon l’Unité de recherche et d’intervention sur le TRAuma et le CouplE (TRACE), « [l]’anxiété de performance sexuelle peut toucher tout le monde, mais ses manifestations sont généralement 50 % plus fréquentes chez les hommes, affectant environ un homme sur quatre et une femme sur dix. » Les raisons de ce constat sont multiples et touchent différentes facettes de la sexualité, qu’elles soient culturelles, psychologiques ou relationnelles.

D’abord, les scripts sexuels hétéronormatifs et masculins (les règles non écrites, mais bien intégrées à propos de l’hétéronormativité et de la masculinité) sont encore bien ancrés dans notre société. On le voit avec la montée des discours masculinistes, mais aussi dans les propos qui circulent actuellement dans les cours d’école et qui valorisent une posture masculine très rigide, qui repose sur de solides stéréotypes de genre, tels que la performativité, le désir sexuel intense, le peu d’émotivité, la capacité à faire preuve de violence, etc.

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On parlera aussi de masculinité traditionnelle, souvent associée, selon l’American Psychological Association, aux idéologies suivantes : rejet de tout ce qui est perçu comme féminin, la réussite, l’évitement d’une apparence de fragilité, l’aventure, le risque et l’agressivité. Bref, une combinaison qui donne accès à tout un range d’affects et d’émotions ! (Nope.)

La sexualité nous a aussi été apprise sous l’angle de la performance (on ne s’en sort pas!) : elle est fréquemment perçue comme une manière d’évaluer l’autre – ses capacités, ses compétences, son expérience, son corps, etc. –, et non comme un lieu de rencontre et d’échanges. On se retrouve alors devant des espaces sexualisés déjà teintés d’attentes irréalistes, dans lesquels il est difficile de démontrer de la vulnérabilité, encore plus pour les hommes.

ONE OF THE BOYS

Il n’est donc pas surprenant que mon amie se soit montrée un peu « pantoite » (if you know, you know) face à ses partenaires stressés et démunis. Comme quoi on associe encore beaucoup la masculinité à la capacité de triompher, au lit comme dans la vie. Mais la réalité, c’est que ce n’est pas toujours le cas. On l’a vu avec les statistiques précédentes ; ce n’est même SOUVENT pas le cas.

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L’amalgame entre masculinité et fragilité est encore synonyme de honte. Être perçu « moins homme » est une peur bien réelle. Parce que, face aux autres hommes particulièrement, ceux-ci doivent montrer patte blanche pour faire partie de la gang des « vrais gars ». Les jeunes influenceurs masculinistes nous le montrent d’ailleurs sans détour sur les plateformes sociales et, franchement, ça fait peur.

Même dans la culture populaire, les héros masculins sont dépeints comme forts, sans peur et sans reproche, capables de se relever de tout, mais… fondamentalement seuls. Je vous invite d’ailleurs à visionner cette analyse de Pop Culture Detective à propos de Spider-Man: No Way Home (2021). Le film renforce le stéréotype du héros solitaire qui, comme l’indique le YouTubeur Jonathan McIntosh, doit « porter le fardeau de la solitude pour atteindre une certaine grandeur d’âme » :

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DE GRANDS POUVOIRS ET DE GRANDES RESPONSABILITÉS*

Permettez-moi de rester dans les métaphores spider-manesques (mettons) et de poursuivre ma lancée. Voyez-vous, Spider-Man représente bien à quel point on met un pouvoir démesuré entre les mains des hommes (être le performant, le pénétrant, le désirant, l’initiateur) et, par le fait même, une pression sans bornes. En plus, on met l’emphase sur le fait que ces derniers ne devraient pas l’exprimer si c’est trop lourd à porter.

En fait, débrouille-toi tout seul, c’est pas mal le message qui est sans cesse répété.

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Alors, comment exprimer à son partenaire quelque chose comme : « J’pense que tu fais un peu d’anxiété de performance, ça se peut-tu? » Malheureusement, ça ne se fait pas si casually que ça, parce qu’on n’a pas appris aux hommes à s’ouvrir sur ces sujets. Parce que ça peut raviver des insécurités profondes chez ceux-ci. Mais les choses peuvent être différentes. (Pour un spoiler de Spider-Man : Brand New Day, rendez-vous au bas de cette page.)

« Fa’que, mode solution, svp? », me direz-vous. Me voici.

Bon, loin de moi l’idée d’ajouter à la charge mentale des partenaires – entre autres féminines et queer – de ces personnes, mais il y a des approches à privilégier. Pour le bien-être et le plaisir de toutes.

MINI-GUIDE POUR PARTENAIRES BIENVEILLANT.E.S

  • Trouver un moment propice pour jaser ouvertement avec son partenaire (idéalement, pas pendant la sexualité)
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Créer un espace sécuritaire pour que tout le monde se sente à l’aise, c’est pas mal la base. Il faut être à l’écoute et maintenir une bonne communication (et arriver à se parler du positif comme du négatif). Faire comprendre qu’on peut parler de tout et n’importe quoi dans l’ouverture et le non-jugement, c’est précieux et ça peut aider l’autre à s’ouvrir.

  • Parler de soi avant de parler de l’autre

Se montrer vulnérable soi-même d’abord, ça peut encourager l’autre à en faire de même. C’est aussi passer le message que c’est correct de l’être, voire que c’est même bienvenu pour arriver à connecter.

  • Nommer ce qu’on observe, sans pression

Dire ce qu’on ressent de manière empathique et bienveillante. Se rappeler qu’il n’y a pas le feu, qu’on peut prendre son temps pour s’ajuster et s’adapter.

« Parfois, je te sens tendu. Qu’est-ce que je pourrais faire pour t’aider à te détendre? »

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« Il m’arrive parfois de ressentir de l’anxiété ou du stress pendant la sexualité. Je me demande si je fais la bonne chose ou pas. Ça t’arrive aussi? »

  • Départager performance et plaisir

Oui, la sexualité est un espace souvent performatif. Ça se voit dans le nombre incalculable de personnes qui remettent en question leurs compétences, leur apparence ou leurs préférences. C’est normal : c’est un domaine encadré de normes et d’idées reçues qui circulent depuis belle lurette.

Mais ça peut aussi devenir un espace plus libre, où l’on explore et expérimente sans stress. Travailler pour s’offrir ça peut aider à s’éloigner des clichés éculés sur l’intimité et les rôles sexuels genrés. On peut aussi se rappeler que, parmi les ingrédients du « bon sexe », la performance n’y figure pas.

  • Accompagner dans l’exploration de modèles de masculinité variés
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Ça peut se faire via des séries télévisées, des livres, des balados, des pièces de théâtre, etc. Mais aussi en ouvrant la discussion auprès d’hommes de notre entourage pour comprendre que la masculinité se vit de 1 001 façons différentes. Et, conséquemment, la sexualité masculine aussi.

Bref, rien de bien révolutionnaire. Juste de la bonne vieille éducation sexuelle et beaucoup d’espoir qu’on continue à offrir des masculinités plurielles pour un monde meilleur et des sexualités plus épanouies. (Rien de moins.)

SPOILER : Et, anyway, Spider-Man finit par réaliser que rester seul avec ses enjeux, c’est vraiment bad pour sa santé mentale. Comme quoi, même un super-héros est avant tout un simple humain éprouvant un grand besoin de connexion.

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*Variante du dicton « with great power comes great responsibility », popularisé par les bds et films de Spider-Man.

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