DPJ : comment un intervenant peut changer la vie d’un enfant

Immersion dans la réalité d'un intervenant de la DPJ.

3 novembre 2026
Présenté par
MSSS
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URBANIA et le gouvernement du Québec s’unissent pour mettre en lumière le travail d’un intervenant de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), et l’humanité qui se cache derrière ces trois lettres.

« Fais pas aller les babines, fais aller les bottines! » C’est une phrase que Marie-Soleil a entendue une bonne partie de son enfance et qu’aujourd’hui, à 25 ans, elle répète aux enfants de l’école où elle travaille comme éducatrice. En apprenant ça, Étienne éclate de rire. Il ne se doutait pas que sa petite maxime avait fait autant de chemin.

Il faut dire que des souvenirs communs, ces deux-là en ont beaucoup. Étienne a été l’intervenant de Marie-Soleil à la DPJ de ses 8 à 18 ans. Une décennie à la voir grandir, s’affirmer, traverser des épreuves et devenir la jeune femme souriante et dégourdie qui se trouve aujourd’hui assise à ses côtés. Pour Étienne, elle représente l’une des plus belles histoires de sa carrière. Pour Marie-Soleil, il a été une présence rassurante, un confident, une épaule sur laquelle s’appuyer.

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Leur histoire est celle d’un lien qui s’est bâti au fil du temps. Mais elle témoigne aussi des effets positifs que peut avoir le travail de ceux qui consacrent leur carrière à protéger les enfants.

Derrière les trois lettres « DPJ », des humains

Étienne n’avait pas exactement prévu de faire carrière en protection de la jeunesse.

Avant d’y arriver, il a travaillé dans une usine, un emploi qui lui a rapidement fait réaliser qu’il voulait autre chose. Quelque chose qui donnerait du sens à sa vie. Il a entrepris des études en psychologie, puis s’est dirigé vers le travail social. C’est finalement un stage à la DPJ, choisi presque par hasard, qui a changé sa trajectoire.

Le coup de foudre a été immédiat. « Je réussissais à améliorer des choses, je me sentais utile. J’avais envie d’aider, de redonner au suivant. Ça a donné un sens à ma vie. » Depuis, ce sentiment ne l’a jamais quitté. Bien sûr, le travail n’a rien d’un long fleuve tranquille. Quand un intervenant de la DPJ se présente dans une famille, il est loin d’être accueilli avec enthousiasme. Et Étienne comprend ça. « Il faut toujours garder en tête : comment je réagirais, moi, si la DPJ cognait à ma porte? »

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Son approche repose donc sur le tact, l’écoute et, surtout, l’empathie. Derrière la colère d’un parent se cache souvent de la peur, de l’insécurité ou de la méfiance, explique-t-il. Car les intervenants ne travaillent pas derrière un bureau. Ils entrent dans les maisons, s’assoient dans les cuisines, rencontrent les gens dans leur intimité. « Ce n’est pas toujours facile. On fait du mieux qu’on peut, mais on travaille toujours dans l’intérêt de l’enfant. »

Étienne insiste d’ailleurs sur une réalité qu’il juge mal comprise : la DPJ ne peut qu’émettre des recommandations. C’est un juge qui décide. Et retirer un enfant de son milieu familial est toujours difficile. « Ça nous crève le cœur. Ce n’est jamais ce qu’on souhaite, mais l’objectif, c’est la sécurité de l’enfant. »

De beaux souvenirs d’une enfance en famille d’accueil

Marie-Soleil a deux ans lorsqu’elle est retirée de son milieu familial, dans un contexte de négligence et d’abus intrafamiliaux.

Elle grandit auprès d’une mère d’accueil, qu’elle appelle aujourd’hui « maman ». Quand elle se remémore son arrivée dans cette nouvelle famille, les souvenirs sont flous, mais trois mots lui viennent spontanément à l’esprit : chaleur, douceur et tranquillité. Ce qui me frappe, en l’écoutant raconter son enfance, c’est la place qu’y occupent les souvenirs heureux. Les Noëls en famille avec ses frères qui, eux, grandissent chez la meilleure amie de Suzanne, les séjours au chalet qu’ils font tous ensemble…

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Ça ne veut pas dire que tout a été facile. Marie-Soleil se souvient notamment des rencontres supervisées avec sa mère biologique, dont la présence était imprévisible. À l’école, ses absences du vendredi attiraient l’attention. Lorsqu’elle revenait plus tôt que prévu, ses camarades comprenaient que sa mère ne s’était pas présentée au rendez-vous. Pendant longtemps, elle a fait semblant que ça ne la dérangeait pas. Ce n’est qu’auprès de ses intervenants et de sa mère d’accueil qu’elle a réussi à exprimer sa peine. Et cette confiance, elle ne l’a pas construite seule.

Dix ans à bâtir un lien de confiance

Marie-Soleil avait huit ans lorsqu’elle a rencontré Étienne. « Il était très accueillant, très actif. Je me souviens que je voulais jouer avec lui! » Elle me raconte qu’il trouvait toujours une façon de rendre leurs rencontres agréables, même lorsqu’ils devaient aborder des sujets difficiles. « Il s’assurait toujours qu’on était bien quand on se quittait. »

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Mais ce qui l’impressionnait le plus, c’était sa capacité à décoder ses états d’âme. « Je ne sais pas comment il faisait, mais il arrivait toujours à sentir nos émotions. » Je vois Étienne sourire en entendant ça. Marie-Soleil me dit qu’elle attendait leurs rencontres avec impatience! « Du haut de mes huit ans, c’était comme avoir un confident… mais “super vieux”. » Les deux éclatent de rire. Au-delà de l’humour, Marie-Soleil décrit une relation dans laquelle elle se sentait véritablement écoutée, jamais jugée. Selon elle, c’est d’ailleurs ce qui distingue un bon intervenant : sa sensibilité, son écoute et sa capacité à se mettre à la place des jeunes.

Pour Étienne, sa relation avec Marie-Soleil a été rendue possible grâce à l’étroite collaboration avec sa mère d’accueil. Il parle de cette femme avec une admiration manifeste. Une présence stable, un environnement sécurisant, des adultes qui travaillent ensemble : autant d’éléments qui ont permis à la jeune fille de se construire à son rythme. « Elle a tellement cheminé. Ça a été un bonheur de la côtoyer. »

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Les petites victoires qui donnent un sens au métier

Quand on parle de la DPJ, ce sont souvent les situations les plus difficiles qui retiennent l’attention. Étienne, lui, me parle de toutes sortes de petites victoires : un jeune qui accepte enfin de se confier, un parent qui baisse sa garde, un enfant qui retrouve le sourire. Pour lui, ces moments valent de l’or.

Il rappelle aussi que les jeunes suivis par la DPJ sont trop souvent réduits à leur situation familiale. À l’école comme ailleurs, les préjugés peuvent être tenaces. Pourtant, ce qui l’impressionne chez eux, c’est avant tout leur résilience. « Les jeunes qu’on rencontre sont tellement forts et aussi très attachants! » Le métier demande énormément d’engagement, reconnaît-il, mais il m’avoue en souriant que c’est le plus beau métier du monde. « C’est un métier où on fait toute la différence. On change des vies! C’est exigeant, c’est sûr, mais on se couche le soir en sachant qu’on a aidé. » Cette profonde humanité, c’est ce qui nourrit encore Étienne après toutes ces années.

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D’enfant accompagnée à adulte qui accompagne

Aujourd’hui, Marie-Soleil travaille comme éducatrice dans une école. Pas n’importe laquelle : celle où Étienne venait autrefois la chercher pour leurs rencontres. Quand il l’a appris, il a été particulièrement touché. Marie-Soleil a toujours aimé prendre soin des plus jeunes. Elle reconnaît que cette tendance s’est d’abord développée comme une façon de se protéger elle-même, de détourner l’attention de ses propres difficultés. Mais, au fil des années, ce réflexe s’est transformé en véritable passion.

Après avoir travaillé en CPE, notamment auprès d’enfants ayant des besoins particuliers, elle a choisi de poursuivre son parcours dans le milieu scolaire. Elle se souvient encore de ce qu’elle a ressenti lorsqu’elle s’est occupée d’enfants de deux ans, soit l’âge auquel elle a elle-même été placée en famille d’accueil. Maintenant, c’est à son tour de reprendre certains trucs qu’utilisait Étienne avec elle pour entrer en relation avec les enfants. Comme si, 20 ans plus tard, une partie de l’attention qu’elle avait reçue continuait de circuler.

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« Ça prend un village pour protéger un enfant »

À la fin de notre conversation, je demande à Marie-Soleil ce qu’elle aimerait dire aux jeunes qui vivent une situation semblable à la sienne. Elle réfléchit, puis sourit : faire confiance. « Même si c’est dur de faire confiance aux adultes parce que vous avez été trahi, ouvrez-vous! Ça en vaut la peine. S’ouvrir, c’est la clé. » Elle aimerait aussi leur rappeler que leur situation actuelle ne détermine pas leur avenir. « On peut réussir à avoir ce qu’on veut dans la vie! Il faut travailler fort, mais c’est possible! »

Étienne, lui, aimerait que les gens comprennent mieux l’importance de la protection de la jeunesse pour la collectivité. « Le bien-être des enfants, c’est notre responsabilité à tous. Ça prend l’apport des parents, des écoles. Tout le monde a son rôle à jouer. Comme on dit : ça prend un village! »

Avant de nous quitter, Marie-Soleil tient à exprimer à nouveau sa reconnaissance. « La DPJ a très bien fait son travail dans mon dossier. Ils m’ont vraiment aidée. » Son histoire rappelle qu’au-delà des dossiers, des procédures et des statistiques, se cachent des relations profondément humaines et des liens durables qui traversent le temps.

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Pour en savoir plus sur la protection de la jeunesse et le rôle des intervenantes et intervenants, consultez Rôle des intervenants en protection de la jeunesse au Québec | Gouvernement du Québec.

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