Photo tirée du site web du film

Face à la mort, Noémie D. Leclerc a décidé de vivre

« La meilleure façon, c’est par accident » s’inspire du passé pour inventer le futur.

16 septembre 2026
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Noémie D. Leclerc et son chum Hubert Lenoir ne ressemblent à personne.

Même s’ils décidaient d’abandonner l’art pour le normcore et le 9 à 5, la vie ordinaire serait probablement un plus grand défi pour le jeune couple créatif que la bohème créative qu’ils ont choisi de vivre à fond. Relativement discrets depuis quelques années, ils sont un phénomène trop rare et trop intéressant dans une culture insulaire comme la nôtre pour qu’on les oublie.

Si vous m’aviez dit, en début d’année, que Noémie reviendrait sous les projecteurs avant son chum avec une sorte de métadocumentaire indéfinissable sur la vie, la mort, la jeunesse, le futur, l’anxiété et un paquet d’autres affaires, je vous aurais dit de rayer l’idée de votre carte de bingo. Apparemment, Noémie et son chum s’étaient cachés dans les vapeurs algorithmiques qui me transforment en vieux chnoque prévisible.

La meilleure façon, c’est par accident est un film volatil, construit avec à la fois beaucoup de cœur et de style, qui ressemble à tout et rien en même temps. Ça se vit mieux que ça s’explique, et, en plus, l’effet que ça procure à l’âme n’est pas désagréable du tout.

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Vivre entre le début et la fin

Dédié à la mémoire de Joe — le chum de la mère de Noémie —, La meilleure façon, c’est par accident raconte le tournage de La meilleure façon, c’est par accident. Avec comme point de départ le désir de Noémie de documenter ses proches pour leur prodiguer un rempart contre la mort, on rencontre la galaxie de personnages qui gravitent autour d’elle : ses amis, sa mère, son grand-père Marcel.

Tout le monde sauf Hubert, qui demeure respectueusement derrière la caméra pendant presque tout le film. On le voit à peine. Parce que ce n’est pas son histoire à lui.

Les lectures d’un film aussi personnel et contemplatif varieront. Par contre, il se bâtit autour d’une thématique récurrente du documentaire, le futur, sa potentielle absence et la place qu’occupe l’espoir dans le cœur de ceux qui en ont le plus besoin : LES DJEUNES.

À chacun d’eux, Noémie demande : c’est quoi ton plus grand rêve et est-ce que tu penses que c’est la fin du monde ?

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Parmi les rencontres marquantes : Carole, une maquilleuse de 31 ans qui se cherche à la fois un port d’attache et un nouveau souffle depuis la mort de son père ; Antoine, un cowboy du dimanche à la dérive après une rupture, et Maxence, médecin, mannequin et membre du groupe Élégie, qui souhaite par-dessus tout rocker avec ses amis. Une mention spéciale à Annie, la maman de Noémie, qui revisite courageusement la mort de son conjoint pendant le film, en quête de sens et de paix.

Ce qui unit les intervenants de La meilleure façon, c’est par accident, c’est ce moment où ils ont été forcés de faire une transition entre le passé et le futur. Ils sont tous habités à dose égale d’anxiété et d’espoir, d’importants (et souvent douloureux) souvenirs, comme de visions optimistes d’un futur qui se dessine encore.

Je ne saurais décrire autrement de quoi parle La meilleure façon, c’est par accident. On y célèbre ces belles contradictions propres à la nature humaine, cette incapacité à ne pas se réconcilier avec la vie, même si on traîne un bagage douloureux et que le futur ne semble guère plus prometteur. On en sort un brin réconcilié avec ses propres insécurités sans nécessairement les avoir perdues de vue et ça, c’est pas un sentiment que le cinéma procure souvent.

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Parce qu’une réalisatrice à la fois sincère et férocement unique comme Noémie D. Leclerc, ça ne court pas les rues. Personne n’ira voir La meilleure façon, c’est par accident en sachant avant d’entrer en salle qu’ils en ont besoin.

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Le beau vs le réel

Un autre aspect du film qui se doit d’être mentionné, c’est son look cru et atypique

En d’autres termes, c’est le fun de voir du monde dans un cadre autre que celui qui nous est habituellement offert par le cinéma et la télé, qui vivent des émotions difficiles à cerner et sans solutions faciles. L’amour, l’attention et le naturel avec lesquels Noémie D. Leclerc filme sa maman la rend belle et tragique d’une façon qu’aucune actrice ne pourrait rendre. Parce que son mal est bien réel, même si La meilleure façon, c’est par accident admet ses mises en scène.

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Ça m’a fait un peu penser aux films de Harmony Korine, aux vidéoclips des années 1990, à La Course destination monde (les vieux savent). Malgré ces influences, une majeure partie de ce que fait Noémie D. Leclerc est absolument originale et c’est ce qui rend son film si intéressant. Rien de ce qu’elle raconte n’est romantique au sens conventionnel du terme. C’est la proximité avec son univers qu’elle nous offre si généreusement qui sollicite notre engagement.

Sans être obtus ou abstrait, La meilleure façon, c’est par accident est l’un des films les plus originaux que j’ai eu le plaisir de voir en 2026. Comme c’est souvent le cas avec des films chorale aux nombreux protagonistes, on ne s’attache pas à tout le monde et la perte de Joe est un moment tellement fort passé avec Annie que ça prend un certain effort pour s’attacher au reste de la distribution dont le charme finit éventuellement par vaincre.

Même si son chum s’est tout récemment déclaré retraité, je suis heureux que Noémie D. Leclerc continue de faire de l’art selon ses propres termes et avec autant de panache. Parce que, même si le monde est tout croche, ça prend encore des gens qui ont le courage de vivre et des artistes qui osent s’ouvrir pour créer quelque chose de vraiment remarquable.

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