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Coincé entre d’innombrables boutiques de robes de mariage, un local détonne sur la Plaza Saint-Hubert. Des affiches placardées sur la devanture annoncent l’ouverture imminente du Club Pays, « le premier café-espace citoyen indépendantiste du Québec ».
Inspiré des réseaux de résistance indépendantistes catalans, ce nouveau projet des Organisations unies pour l’indépendance (OUI Québec), un organisme non partisan, a été pensé pour devenir un « tiers-lieu » pour les souverainistes qui pourront y nourrir des idées de grandeur pour notre province qu’ils espèrent voir devenir un pays.
Café classique le jour, l’endroit pourra accueillir, le soir venu, toutes sortes d’événements à saveur indépendantiste : spectacles, micros ouverts, cercles de lecture et conférences. Les profits seront réinvestis dans les activités de l’organisation.
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Derrière le comptoir de bois vernis, Camille Goyette-Gingras, présidente des OUI Québec, verse un café dans une grande tasse bleue.
« Nous, ça nous tente plus de se voir par Zoom », laisse-t-elle tomber, en le sirotant. « On veut se voir en personne, puis on est beaucoup à la recherche de collectif. Fait que d’avoir des lieux de rencontre comme celui qu’on s’est créé, c’est aussi à l’image de notre projet. »
Derrière la jeune femme, le menu annonce des « Québecanos » et des « biscOUIts », qui seront servis dès l’ouverture officielle du Club Pays, le 13 mars prochain.
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« Même si les gens viennent [faire du] télétravail, les discussions autour de l’avenir du Québec sont comme inévitables, juste par la force des choses », ajoute l’ancienne présidente du Forum jeunesse du Bloc québécois.
Depuis l’annonce de l’ouverture du Club Pays, les OUI Québec perçoivent déjà un fort engouement au sein de leur base : on leur demande déjà d’ouvrir d’autres cafés à Québec, Sherbrooke, et un peu partout dans la province. « On va commencer par ouvrir celui à Montréal », ricane Camille Goyette-Gingras.
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Même si le café n’est pas encore ouvert au public, les membres des OUI Québec s’y rassemblent déjà depuis octobre, date où l’organisme a emménagé dans le local.
« C’est comme notre deuxième maison », souligne Alex Valiquette, responsable des communications des OUI Québec, accoudé au comptoir du café.
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Pour lui, opérer un café indépendantiste permettra de « décomplexer » la question de l’indépendance. « Elle doit être proche du monde. Elle doit être dans les quartiers, dans les rues. Il faut que le peuple se l’approprie, cette question-là », lance-t-il avec excitation. Si le projet a un but, c’est bien celui-ci : « se rapprocher du monde ».
Le jeune homme souhaite que le Club Pays ressemble aux lieux de résistance indépendantiste qu’il a fréquentés en Catalogne, où il a passé plusieurs mois l’an dernier. Des espaces qui servent surtout à se rassembler et partager des idées autour d’une bière ou d’un café.
Son « wet dream » pour le projet du Club Pays : que ce genre d’endroits se multiplie dans les quartiers de Montréal, et dans le reste du Québec, « que ça serve de lieu de rassemblement, de mobilisation, mais aussi de fête, de vie politique citoyenne ».
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Alex Valiquette se tourne vers le mur derrière lui, tapissé d’affiches décorées de fleurs de lys. Il en pointe une du doigt ; Il y a des pays qui naissent de la fête, peut-on y lire. Un slogan qui a été utilisé pour faire la promotion de la fête de la Saint-Jean des OUI Québec au parc Lafontaine, l’été dernier, un événement qui s’est d’ailleurs avéré un franc succès.
« C’est vraiment dans notre culture, aux OUI Québec, d’amener l’indépendance comme un gros party, de rassembler le monde puis de sortir un peu du côté vraiment sérieux, politique, de la chose », soutient-il.
C’est justement ce qui a attiré Laurianne Jacques, qui travaille dans le milieu de la télévision.
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Laurianne Jacques n’a jamais été très politisée. Mais indépendantiste, ça, elle l’a toujours été, et ce, avec une certitude déconcertante. Même si le souverainisme coule dans ses veines, elle explique qu’elle était auparavant « intimidée » à l’idée de s’impliquer dans la cause, de peur que ses difficultés à formuler un argumentaire solide ne la mettent dans l’embarras.
« Si je m’implique là-dedans, faut-tu que je sois calée en politique ? Je vais-tu devoir parler avec des gens qui vont me trouver niaiseuse ? », voilà toutes des questions qui lui ont traversé l’esprit avant qu’elle ne décide de plonger.
Mais ses inquiétudes se sont dissipées lorsqu’elle a entendu parler du projet du Club Pays, et qu’elle a découvert les différentes manières de s’impliquer. Depuis, elle est all in.
À l’université, la jeune femme passait la majorité de son temps dans le local de son association étudiante. Elle dit avoir retrouvé le même sentiment au Club Pays, c’est-à-dire cette impression de « faire partie de quelque chose ».
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L’ouverture du Club Pays tombe à point ; il y a quelque chose dans l’air.
La semaine dernière, Paul St-Pierre Plamondon a rappelé sa promesse de tenir un référendum pour l’indépendance du Québec dès son premier mandat, s’il est élu. Il a renouvelé ce souhait après que le Parti québécois a décroché une quatrième victoire d’affilée dans des élections partielles avec l’élection de Marie-Karlynn Laflamme dans la circonscription de Chicoutimi, lundi dernier. Une victoire qui s’inscrit dans la montée en popularité du parti, toujours en avance dans les sondages.
Bien que les OUI Québec soient non partisans, Camille Goyette-Gingras explique que l’organisation « voit positivement qu’un parti fait la promesse de tenir un référendum dans un premier mandat ».
Elle ajoute que « la nécessité de tenir une assemblée constituante pour que les citoyens puissent s’impliquer aussi dans la rédaction de la constitution du Québec-pays » est un « consensus » au sein de la communauté souverainiste.
Mais en attendant un référendum, les indépendantistes ont encore beaucoup de personnes à convaincre pour faire de leur province un pays : lors d’un récent sondage de Pallas Data, 60 % des répondants étaient dans le camp du « non », contre 32 % pour le « oui », et 8 % d’indécis.
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Et la question à cent piasses : les fédéralistes seront-ils les bienvenus au Club Pays ?
« Ben oui ! », répondent sans hésiter Camille Goyette-Gingras et Alex Valiquette. « On va faire le party avec eux, puis peut-être que ça va leur donner envie d’embarquer dans ce projet-là », ajoute le responsable des communications, souriant.
Pour lui, il est inutile de faire des événements rassemblant uniquement des personnes déjà convaincues. « Si la moitié de la salle [est composée de] gens qui sont indécis, qui sont curieux, ben je pense qu’on a réussi notre mission. »
En attendant, il reste des tables à monter et des choses à bouger avant d’accueillir, le 13 mars, une trâlée de jeunes qui n’ont qu’un but en tête : faire du Québec un pays.
Et peut-être tremper un biscOUIt dans un Québécano.