Où vont les âmes

La deuxième vie d’« Où vont les âmes »

Le meilleur film dont vous n’avez pas (encore) entendu parler.

17 juillet 2026
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Au Québec, l’aide médicale à mourir est devenue légale et accessible le 20 décembre 2015.

Généralement bien accueillie, elle est devenue, au fil des années, une pratique commune dans les hôpitaux. Plus récemment, elle est aussi devenue source de réflexion à propos de son accessibilité grandissante. Bref, la possibilité de choisir a changé notre perception de la mort.

C’est difficile de ne pas penser à la mort uniquement en termes tragiques. Comme on le répète en prévention du suicide : personne ne veut mourir, mais tout le monde veut arrêter de souffrir. Si on a l’opportunité de finir sa vie selon ses propres termes, on ouvre la possibilité de la concevoir selon ce qu’elle est vraiment, soit la fin. Finir sa vie comme on le souhaite et s’épargner des souffrances, c’est un privilège.

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Le dernier film de Brigitte Poupart, Où vont les âmes, est à ma connaissance l’un des premiers à aborder la question dans toute sa complexité. S’il n’a malheureusement fait qu’un bref passage en salle, il est désormais disponible sur Crave.

Mon appréciation pour Où vont les âmes est déjà bien documentée, mais je profite sans gêne de sa nouvelle vitrine pour vous expliquer pourquoi il s’agit du meilleur film dont vous n’avez jamais entendu parler.

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La fin d’Anna

Où vont les âmes raconte l’histoire d’Anna (Sara Montpetit), une jeune femme de 18 ans issue d’un milieu privilégié, en phase terminale d’un cancer. Ayant pris la décision de recourir à l’aide médicale à mourir, elle profite de ses 15 derniers jours pour passer du temps avec ses demi-sœurs Ève (Monia Chokri) et Éléonore (Julianne Côté), avec qui elle a perdu contact après la condamnation de leur père pour agression sexuelle.

Le premier nom qui m’est venu en tête en regardant Où vont les âmes, c’est Terrence Malick. La facture visuelle lente et ensoleillée rappelle celle du réalisateur de The Thin Red Line et The Tree of Life. Isolée par la maladie, Anna a créé une réalité parallèle où la frontière entre ses mondes intérieurs et extérieurs se brouille. Les détails surréels, comme un lit au milieu d’un champ ou une piscine remplie de photos, côtoient la maladie et la souffrance.

Cet univers, où règnent les dernières volontés d’Anna, vient chambouler celui d’Ève et Éléonore, entièrement bâti sur la rancœur qu’elles nourrissent à l’endroit de leur père suite à son procès. De cette collision, une question s’élève sans jamais être posée ouvertement : doit-on rouvrir une blessure pour en guérir ? En s’ouvrant à Anna, Ève et Éléonore ont la possibilité de changer leur relation avec leur propre souffrance.

J’ai pleuré. Aux mêmes moments, à chaque visionnement.

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Où vont les âmes n’est pas un film parfait. Le scénario est parfois trop bavard alors que certains moments clés du film auraient plutôt besoin de respirer. Il n’exploite aussi pas toujours les forces de ses trois actrices principales. La vision de Brigitte Poupart demeure malgré tout audacieuse et originale.

Les films aussi assumés sur la souffrance et la mort sont rares. C’était tout un pari de faire coexister l’univers onirique découlant des derniers souhaits d’une jeune femme mourante avec la lourdeur du trauma générationnel. Et c’est, à mon avis, très réussi.

On y voit la mort affecter les vivants d’une manière positive. Les derniers moments d’Anna donnent à ses proches la possibilité d’entrevoir une autre fin pour eux-mêmes.

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Pourquoi vous n’en avez jamais entendu parler

J’vous vois déjà arriver avec vos gros sabots : « Si c’était si bon que ça, tout le monde en parlerait. Ça aurait gagné plein de prix. »

Malheureusement, non. La qualité d’un film n’est jamais gage de sa popularité ou de sa réception tant auprès du public que de la critique. Surtout pas en 2026, où faire du cinéma indépendant est un pari fort risqué.

Plusieurs facteurs peuvent expliquer le passage en salle presque incognito d’Où vont les âmes. D’abord, il est sorti dans une vingtaine de salles au même moment où la STM annonçait une grève complète qui n’a finalement pas eu lieu. Brigitte Poupart avait elle-même fait part de ses appréhensions à ce sujet lors d’une entrevue donnée à Radio-Canada.

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« C’est sûr que si j’avais eu mon mot à dire pour la distribution, je n’aurais pas mis le film à l’affiche en marge de la première à Cinémania. Le festival n’était pas fini, c’était confus pour pas mal de monde », affirme Brigitte Poupart au téléphone. La scénariste et réalisatrice est actuellement en France pour promouvoir son film. « J’aurais essayé de sortir le film plus en région. Aucune salle ne l’a montré sur la Rive-Nord et une seule sur la Rive-Sud de Montréal. »

Il y a aussi que… bon, la mort n’est pas le sujet le plus vendeur. Surtout pas lorsqu’elle est traitée avec autant de finesse. Bien qu’il s’agisse de sort qui nous attend tous (n’en déplaise à l’étrange monsieur de Silicon Valley qui dilapide sa fortune pour la combattre), on évite généralement d’y penser. À moins qu’elle ne soit inévitable, comme lorsqu’un proche demande l’aide médicale à mourir.

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« On s’imagine de plus en plus invincible. On se construit des bunkers pour survivre aux changements climatiques, mais c’est quelque chose qui nous attend tous. Je pense que le film le fait bien. C’est lumineux. C’est touchant. La réaction est bonne chez ceux qui le regardent », explique Poupart.

Enfin, le faible rayonnement du film souligne l’enjeu de la disponibilité. Alors qu’Où vont les âmes prendra bientôt l’affiche en France, au Québec, il aura droit à un deuxième souffle grâce à Crave.

C’est le temps de donner à ce petit film singulier et courageux tout l’amour qu’il mérite. Si vous avez raté Où vont les âmes en salles, vous pouvez maintenant le regarder et brailler votre vie comme moi dans le confort de votre salon.

Parce que ça fait du bien de brailler un peu.

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