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Le stationnement est une anxiété quotidienne pour une grande majorité d’adultes. Surtout à Montréal, où il n’est que trop rarement gratuit et régi par des pancartes qui sont un langage en elles-mêmes.
« On passe à travers du quotidien avec un sentiment de confort. Avec l’impression de déjà savoir ce qui va se passer dans une journée, mais cet équilibre ne tient pas à grand-chose », raconte l’ex-professeur de philosophie, scénariste et réalisateur Louis Godbout.
À première vue, la prémisse du nouveau long métrage de Godbout La place est on ne peut plus simple : une place de stationnement, deux voitures, une querelle urbaine presque aussi vieille que l’automobile elle-même. Sauf que c’est pas vraiment à propos d’une place de stationnement. Quand on se chicane avec un inconnu pour quelque chose d’aussi bête, c’est jamais juste pour une question de principe.
Un thriller aux allures de problème philosophique mettant en vedette Maxim Gaudette, Christine Beaulieu et un Benoît Gouin splendide, La place est une machine à générer de l’anxiété qui vous laissera avec un boule au creux du ventre.
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La place raconte l’histoire de Jonathan (Maxim Gaudette) et Brigitte (Christine Beaulieu), qui s’en vont souper chez la sœur de cette dernière. Au sein du couple, une tension règne déjà. Depuis deux ans, il essaie, sans succès, d’avoir un enfant et Jonathan lutte contre ses instinct hypocondriaques de plus en plus présents. Plus ils sont en retard, plus la pression monte.
Alors qu’ils trouvent enfin la place rêvée, un inconnu la réclame. La chose adulte à faire serait de poursuivre sa quête, mais quelque chose retient Jonathan.
« Ça ne m’intéressait pas de raconter un clash de rue entre un enragé au volant et un citoyen ordinaire », explique Louis Godbout, venu jaser avec moi au Caffe Dante. « Cette place de stationnement, c’est sa place à lui. Au sens propre comme au sens figuré. Il a besoin de confirmer sa place dans le monde. »
L’homme qui s’entête à lui refuser cette place est une énigme. D’un calme et d’une politesse exemplaires, il se contente de lui bloquer obstinément le passage et de le remettre à sa place. Ah, et il connaît son prénom, ce qui plonge Jonathan dans un tourment encore plus profond. Incarné par un Benoît Gouin dont la performance vous rendra gêné de toutes les fois que vous avez oublié son nom, il donne à cette confrontation bien réelle une dimension quasi mythologique qui fait tout le charme de La place.
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Gouin n’est pas le protagoniste à proprement parler, mais c’est lui, la vedette du film. « La chose la plus difficile a été de le convaincre de se raser la barbe. Je voulais qu’il ait le visage glabre pour le rôle. Lisse. Je ne voulais pas qu’il ait l’air d’un tough. Je lui ai demandé de faire plusieurs itérations du personnage. Parfois, je lui demandais d’être Hannibal Lecter. Pour d’autres prises, je lui demandais de le jouer comme un fonctionnaire de la Société d’assurance automobile du Québec. C’est souvent ces prises-là que j’ai gardées », confie Godbout.
L’idée de départ du réalisateur n’était pas exactement de faire un film qui serait une métaphore sur l’anxiété. Le résultat final s’est avéré une belle alchimie entre les membres de sa distribution, notamment entre Gouin et Maxim Gaudette, un acteur qui ne colle pas à toutes les sauces. « Maxim a un registre qui tire plus vers le bleu que le rouge. Il est très fort dans les nuances, les changements, les regards et toutes ces choses-là. Pendant le tournage, il me demandait souvent s’il en faisait assez. C’est un personnage réflexif à la base. »
Si le jeu de Gaudette fonctionne aussi bien dans La place, c’est parce qu’il vit les contrecoups du conflit, puisqu’à la base, celui-ci est entre Brigitte et l’inconnu. C’est eux qui s’affrontent, mais c’est lui qui stresse. Cette angoisse se resserre autour de lui comme un serpent et la première tâche du personnage est de nous la faire ressentir, ce que Gaudette réussit très bien.
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Le nom de Louis Godbout ne vous évoque peut-être encore rien, mais c’est parce qu’il s’illustre dans le milieu depuis peu. Formé en droit et en philosophie, il a travaillé comme professeur de philosophie au Cégep du Vieux Montréal pendant quinze ans. « Quand j’ai commencé à sentir que j’étais sur le pilote automatique, j’ai décidé de me mettre au défi en me lançant dans l’écriture de scénarios. Quelqu’un a pris une option sur mon premier scénario et les choses ont déboulé à partir de là », explique-t-il.
D’ailleurs, ce tout premier scénario, Coda, a été porté à l’écran par Claude Lalonde et mettait en vedette nulle autre que Patrick Stewart et Katie Holmes. Impressionnant, quand même.
C’est l’effervescence du plateau de tournage qui a convaincu Godbout de faire le saut derrière la caméra. « L’écriture d’un scénario, c’est long, solitaire et ça demande beaucoup de discipline. Un tournage, c’est un ouragan qui t’emporte du début jusqu’à la fin. C’est un travail d’équipe. Une tout autre vie. Puis, recommence le travail de moine au montage, où tu peux changer complètement ton film avec une décision. Les trois étapes m’apportent toutes une satisfaction différente », révèle Louis Godbout.
Lorsqu’on franchit le pas, l’écriture devient souvent indissociable de la réalisation. Maintenant, au moment d’élaborer un scénario, Godbout sait intuitivement si une scène sera réaliste à filmer ou non. « Aujourd’hui, je ne commencerais pas un scénario avec un accident sur la 40, par exemple. C’est trop complexe et que ça va coûter une fortune. Si tu ne vends pas ton scénario à un réalisateur, tu dois te parler à toi-même. »
La place prend l’affiche le 29 août. C’est un film original, à cheval entre le thriller des années 90 et le film d’auteur qui polarise déjà sur Letterboxd. Vous en sortirez peut-être troublés, mais certainement pas indifférents.