.png.webp)

Derrière chaque action d’aide internationale, il y a des gestes concrets qui changent des vies. URBANIA et Médecins du Monde vous emmènent sur le terrain.
Quand on pense à la coopération internationale, force est de constater que le concept résonne souvent de façon un peu abstraite. On s’imagine des crises lointaines, des régions du monde qu’on connaît mal, des chiffres difficiles à se représenter. On est loin de notre quotidien, et, soyons honnêtes, de notre capacité à comprendre les effets réels des projets humanitaires. Pourtant, sur le terrain, le travail d’organisations comme Médecins du Monde n’a rien d’abstrait.
Présente dans plusieurs régions du monde, cette organisation œuvre pour améliorer l’accès à la santé de personnes en situation de vulnérabilité – en particulier dans des zones difficiles d’accès ou marquées par des défis sécuritaires.
Son approche : partir des besoins exprimés par les communautés et construire avec elles des solutions durables, adaptées à leurs réalités et à leurs besoins.
Prenons l’exemple du Burkina Faso, où la chaleur façonne les paysages et les rythmes de vie, entre terre rouge, soleil éclatant et verdure saisonnière. Là-bas, plus précisément à Kongoussi, dans la province du Bam, l’implication de Médecins du Monde prend entre autres la forme d’un programme d’autonomisation en santé sexuelle et reproductive destiné aux adolescentes et aux femmes. Au cœur de cette formation mêlant éducation, autosoin et confection de matériel : un sujet dont on ne parle pas assez. Un sujet tabou dans beaucoup de communautés et qui touche pourtant toutes les femmes.
Les menstruations.
On le sait : être menstruée s’accompagne déjà d’un lot de désagréments. Des désagréments qui sont considérablement décuplés pour toutes les femmes évoluant dans des situations de vulnérabilité et dont on parle peu. Dans cette province des Koulsé, située dans le nord du pays, plusieurs femmes et adolescentes vivent dans des conditions précaires, souvent après avoir été déplacées par un contexte d’insécurité, n’ayant qu’un accès limité à l’eau, aux soins de santé et à des installations sanitaires adéquates. Dans cette situation, gérer ses menstruations – pourtant une expérience universelle – devient chaque mois un véritable casse-tête.
Avant la mise en place du projet, les femmes et les adolescentes se débrouillaient avec ce qu’elles avaient sous la main : de vieux tissus, des pagnes usés, parfois même des matériaux improvisés et inadaptés. Au-delà de l’inconfort de vivre ses règles sans protections hygiéniques, comme les serviettes ou les tampons (trop coûteux pour être accessibles), les femmes sont à risque de réels enjeux de santé, comme l’irritation, ou même l’infection.
À tout ça s’ajoute un facteur invisible, mais puissant : le tabou. Parce que quand on ne parle pas d’un sujet, on ne peut pas vraiment apprendre à mieux le vivre. Résultat : des effets bien réels sur la santé physique et mentale des femmes, sur leur dignité, mais aussi sur leur participation à la vie sociale et scolaire.
En février 2025, 51 femmes et 51 adolescentes ont participé à une formation de quatre jours à Kongoussi.
Sur papier, le programme est assez simple : comprendre le cycle menstruel, apprendre à mieux vivre cette période, discuter de santé sexuelle et reproductive, concevoir des outils d’autoprotection et apprendre à fabriquer des serviettes hygiéniques réutilisables. Mais sur le terrain, la réalisation de ce projet dépasse la simple formation. C’est un espace. Un endroit où les questions peuvent enfin être posées, sans jugement, sans tabou et sans malaise. Un lieu de partage pour échanger, apprendre, aller à la rencontre de son propre corps, mais aussi se reconnaître dans l’expérience des autres.
Et ça, ça change tout.
Olivia a 37 ans. Elle vit à Kongoussi, où elle tient un kiosque de restauration. C’est par l’Action sociale qu’elle entend parler de la formation. Elle s’inscrit parce que le contenu répond directement à ses besoins. Pour elle, la gestion de ses menstruations est avant tout une question de moyens. « Il fallait économiser de l’argent pour payer les serviettes hygiéniques ou utiliser des torchons », raconte-t-elle.
Elle décrit les ateliers comme des moments marquants où la bienveillance cède la place aux apprentissages et aux changements profonds. « L’ambiance y était très bonne. Je me sentais comme si j’étais en famille. » Elle apprend à confectionner des serviettes réutilisables – une solution durable, accessible et sans substances chimiques.
Et ça nous rappelle toute l’humanité qui anime des organisations comme Médecins du Monde.
***
Pour en savoir plus sur le travail de Médecins du Monde Canada et leurs actions sur le terrain, rendez-vous ici.
Mais elle apprend aussi à mieux comprendre son corps. « J’ai appris, par exemple, qu’il faut aller en consultation si les règles dépassent une semaine, qu’il est préférable de changer les serviettes plusieurs fois par jour et qu’il est important de bien faire sécher les dessous… » Des connaissances qui permettent de mieux se comprendre et qui donnent aux participantes une sensation de pouvoir face à leur propre corps. Un pouvoir qui permet de parler d’un sujet qui, jusque-là, devait être tu. « Avant, c’était un tabou dans ma famille. Aujourd’hui, je suis devenue un relais de communication pour d’autres femmes de mon entourage. »
Si les initiatives humanitaires sont pensées pour répondre à des enjeux urgents et critiques, les approches de développement, elles, visent plutôt à créer des effets durables en s’attaquant à des phénomènes plus profonds. Et parfois, certains bailleurs de fonds permettent aux ONG de conjuguer ces deux approches au sein d’un même projet – comme c’est le cas ici, grâce à Affaires mondiales Canada. Une combinaison qui, au-delà de répondre à des besoins immédiats, ouvre aussi la porte à des transformations plus profondes.
« Les participantes acquièrent une dignité, une confiance en soi », explique Céline Marie Yvonne Ouédraogo, superviseure du projet. Et au-delà de la question menstruelle, les femmes et adolescentes ayant suivi la formation apprennent aussi à reconnaître les violences basées sur le genre, à déterminer vers qui se tourner, et même à développer des réflexes pour se protéger. Autrement dit : elles se dotent d’un pouvoir d’agir. Olivia le résume simplement : « Aujourd’hui, je connais mieux mon corps, je sais en prendre soin et je peux me défendre en cas d’agression sexuelle. »
Il est parfois difficile de bien saisir l’ampleur des retombées d’un projet comme celui-là. Rappelons aussi que ce projet ne règle pas tout. « Les besoins restent importants, et le nombre de personnes jointes est encore trop faible », nous explique Cédric Sawadogo, de l’association Coup de cœur. Mais il prouve qu’une formation pensée pour répondre à des besoins concrets, axée sur la santé, l’échange et le partage dans un contexte sécuritaire, ça change des vies. Ça transforme des expériences individuelles. Ça brise les tabous. Ça crée des canaux de transmission.