Heated Rivalry x The Main

Le financement de la culture canadienne : les leçons à retenir de « Heated Rivalry »

Un phénomène qui en dit long sur nos priorités. 

19 février 2026
Publicité

Cet article est paru initialement dans The Main, un média numérique indépendant qui explore la culture montréalaise.

Heated Rivalry a pris d’assaut notre paysage culturel, détrônant d’importantes productions hollywoodiennes et faisant tourner les têtes des principaux actants du milieu. Malgré cet engouement mondial et l’ascension fulgurante de ses stars – d’une ampleur rarement vue au petit écran –, Heated Rivalry est une production 100 % canadienne.

Plus précisément, Heated Rivalry a vu le jour en partie grâce au financement octroyé par le Fonds des médias du Canada (FMC). Le succès et l’accueil réservés à la série témoignent de l’importance de tels organismes, non seulement pour raconter des histoires typiquement canadiennes, mais aussi pour porter celles qui sont historiquement sous-représentées.

Tandis que ses acteurs principaux survivent à l’aide d’emplois alimentaires tout en incarnant des personnages dont la fortune découle de leurs apparitions télévisées, Heated Rivalry met aussi en lumière le gouffre financier séparant les arts et le sport dans la culture canadienne – un fossé qui, bien que complexe, peut manifestement être comblé par le financement public.

Publicité

L’identité queer et le hockey

Écrit et réalisé par Jacob Tierney, également derrière les succès Letterkenny (2016-2023) et Shoresy (2022-), adapté d’un roman de Rachel Reid, une auteure néo-écossaise, diffusé par Crave (Bell Média) et filmé à Hamilton et Toronto, Heated Rivalry est une production entièrement canadienne.

En plus, la série met en scène un récit queer se déroulant trois ans seulement après la légalisation du mariage gai au Canada au sein d’un milieu tristement connu pour son homophobie, ce qui n’est pas rien.

La première saison débute en 2008, alors que le Canadien Shane Hollander (Hudson Williams) et le Russe Ilya Rozanov (Connor Storrie) entament leur saison de recrues dans une version fictive de la LNH. Sur une période de huit ans, ils s’affichent en public comme étant deux adversaires sportifs, mais en privé, Shane et Ilya vivent une histoire d’amour torride.

Les protagonistes font face à un conflit sur deux fronts : leur désir d’être ensemble, et les conditions oppressantes liées à leur milieu de travail.

Publicité

Ce combat intérieur est présent tout au long du récit, dû au climat culturel défavorable à la communauté queer propre aux années 2000, mais aussi en raison d’une homophobie profondément ancrée qui sévit dans le hockey encore aujourd’hui. Le hockey fait partie intégrante de l’identité canadienne, au même titre que la tolérance et l’égalité. Pourtant, à bien des égards, ces deux éléments s’avèrent souvent incompatibles.

Ainsi, la création même de Heated Rivalry est un exemple d’autocritique. C’est une œuvre profondément canadienne qui n’hésite pas à confronter certains préjugés ancrés dans nos institutions, dont la culture du hockey professionnel.

L’écart économique entre les joueurs de hockey, qui gagnent leur vie grâce aux matchs télévisés, et les acteurs qui les incarnent, qui doivent subvenir à leurs besoins grâce à des jobs alimentaires, souligne une vérité propre à la culture canadienne : les arts sont sous-estimés et sous-financés.

Soutenir financièrement les productions d’ici

En explorant l’homophobie à travers les vies privées et publiques de leurs personnages, Tierney et Reid soulèvent un enjeu similaire : Heated Rivalry a reçu 3,1 millions de dollars en financement du Fonds des médias du Canada (FMC), un organisme sans but lucratif qui reçoit des contributions tant du gouvernement fédéral que du secteur privé.

Publicité

Alors que le FMC, exploité conjointement par les secteurs public et privé, a bénéficié d’une augmentation de son financement, on ne peut en dire autant du Conseil des arts du Canada. À une époque où l’art sous toutes ses formes est plus essentiel que jamais, ce dernier a réduit ses dépenses de près de 10 millions de dollars pour l’exercice de 2026-2027. Si ce chiffre peut paraître dérisoire, Heated Rivalry démontre ce que moins du tiers de cette somme peut accomplir.

Bien entendu, le Fonds des médias du Canada et le Conseil des arts sont des organismes distincts, mais ils remplissent une fonction similaire : soutenir les arts grâce au soutien du gouvernement fédéral.

Publicité

Dans les faits, le gouvernement canadien a garanti à la production une qualité qui n’aurait pu être atteinte sans la subvention reçue par Tierney du FMC.

Sans prétendre qu’une subvention fédérale est à l’origine du succès de la série ou qu’elle soit parvenue à remédier aux problèmes profondément ancrés dans la culture du hockey, on peut tout de même reconnaître ce que les artistes peuvent accomplir lorsque leurs projets reçoivent un soutien financier adéquat – qu’il provienne d’efforts gouvernementaux ou d’ailleurs. En choisissant de rester au Canada et en sacrifiant un budget plus important en refusant de collaborer avec un service de diffusion américain, Tierney a pu préserver son autonomie afin de livrer une série fidèle à sa vision artistique.

Bien que le succès de Heated Rivalry justifie certainement des investissements comme ceux du FMC, il est important de reconnaître que ces contributions aux médias canadiens devraient avoir lieu en dépit du succès, et non dans l’espoir de l’atteindre.

Publicité

Les arts vs le sport

Le FMC, et par extension, le gouvernement canadien, endosse le contenu de la série Heated Rivalry en la finançant, reconnaissant ainsi les défaillances du hockey et de la culture qui en découle. Mais leur implication soulève également un différend intéressant, quoique partial, lorsqu’il s’agit de la relation entre le financement des arts et celui des sports.

Cette relation est perceptible à travers l’écart économique entre les acteurs et les personnages qu’ils incarnent. Shane Hollander et Ilya Rozanov sont des athlètes vedettes avec plus d’argent qu’ils ne savent quoi faire avec, alors que les acteurs qui les incarnent travaillaient dans le milieu de la restauration quelques jours avant le début du tournage.

Un tel écart souligne une vérité propre à la culture canadienne : les arts sont sous-estimés et sous-financés.

Publicité

Toutefois, le choix de raconter Heated Rivalry par le biais de l’art n’en est pas vraiment un.

Une histoire comme celle de Shane et Ilya n’a pas et n’a jamais eu d’équivalent dans la LNH. Face à l’absence de joueurs ouvertement queer, une histoire comme celle de Heated Rivalry ne pouvait être que portée par la fiction, qu’il s’agisse du roman de Reid ou de son adaptation par Tierney.

Ce que nous réserve l’avenir

Le manque flagrant de représentation queer dans la LNH accentue les problèmes systémiques de la culture du hockey tout en nous rappelant la nécessité de financer les arts au Canada. Le gouvernement doit préserver et investir dans des institutions comme le Fonds des médias du Canada et le Conseil des arts du Canada. Cela est d’autant plus vrai lorsque ces fonds servent à des histoires qui ne peuvent être racontées ailleurs puisqu’elles ne peuvent se produire dans la réalité.

Heated Rivalry n’aurait pas été moins intéressante si ça n’avait été de son succès à l’international ; si l’attention mondiale ne légitime pas en soi les productions canadiennes, elle confirme indéniablement la capacité des artistes canadiens à se mesurer aux autres figures et œuvres médiatiques célébrées par la culture occidentale.

Publicité

Il est vrai que le succès commercial n’est pas toujours garant de la qualité d’une production, mais lorsque le capital économique est utilisé pour financer ce qui se fait de meilleur chez nous, comme c’est le cas avec Heated Rivalry, on atteint un public exponentiel et la culture canadienne s’en sort gagnante.

Suivez The Main pour découvrir le meilleur de ce que Montréal a à vous offrir.

Commentaires
Vous voulez commenter?
Identifiez-vous! (c’est gratuit)
ou
Aucun commentaire pour le moment.
Soyez le premier à commenter!

À consulter aussi

Publicité
Publicité