.jpg.webp)
Il existe une idée répandue voulant que Vincent Roberge, alias Les Louanges, soit petit.
Je le sais parce que c’est ce que je croyais aussi avant de le rencontrer. C’est d’ailleurs la première chose que je lui dis après lui avoir serré la pince dans le stationnement de la basilique de l’Oratoire St-Joseph sans trop savoir pourquoi. C’est ça qui est sorti. « C’est fou, parce qu’on en parlait en chemin. Tout le monde pense que je suis petit et je sais pas du tout d’où ça sort. »
Malgré la connotation religieuse de son nom d’artiste, Vincent n’est pas un chanteur de la droite chrétienne et il tient à ce que vous le sachiez. « C’est un surnom qui date de l’école secondaire. Y a un gars qui se faisait appeler “la grand-mère” et qui est devenu “la croûte”. On m’a assigné “les louanges”. C’est plus tard que j’ai compris ce que ça voulait dire. »
C’était mon idée qu’on se rencontre à l’Oratoire. Coïncidence si elle en est une, en 2026, le retour du Christ et le retour des Louanges se célèbrent à une semaine d’intervalle.
Le 11 avril prochain, le jeune prodige nouvellement trentenaire lancera son troisième album Alouette! et les premiers extraits font déjà jaser les internets.
Cœur à cœur près du cœur du frère André avec un artiste qui en a décidément beaucoup.
.jpg.webp)
« Après la sortie de Crash, en 2022, je me suis posé des questions. J’avais un peu perdu de vue le sens de ce que je faisais. Je me suis demandé de quoi j’allais parler. Si j’étais le genre d’artiste qui allait sortir des tounes juste pour le principe de sortir des tounes. Si ma musique était de l’art ou un produit. À bien y penser, il y avait peut-être un peu d’épuisement professionnel là-dedans », philosophe Vincent.
Arrivé sur la scène musicale québécoise tel un suave ovni en 2018 avec La nuit est une panthère, la musique des Louanges a longtemps été en rupture avec les chansons à textes, les grands hymnes rassembleurs et la purée sans saveur de style Rock Détente. Il a toujours su jongler habilement avec son identité musicale, privilégiant une approche férocement personnelle, influencée par la musique soul et RnB.
Alouette! est l’aboutissement d’un long pèlerinage vers ses origines musicales. En 2023, il fait table rase. Plus d’internet. Il déménage près du mont Royal et, pendant trois mois, le grimpe chaque jour en écoutant du Leonard Cohen, les albums I’m Your Man et The Future en particulier.
« Je m’étais tellement éloigné de certains codes musicaux qu’ils sont redevenus nouveaux pour moi. Je suis aussi tombé dans Bruce Springsteen, Bob Dylan et Talking Heads. J’ai fait énormément de lecture et j’ai acheté des piles de vinyles québécois pour voir de quoi le monde parlait dans les années 1970. Ça a été un gros travail de recherche », explique-t-il.
Cette période d’incubation créative auto-imposée ne se limite toutefois pas à la musique. C’est également à ce moment que Vincent fait la rencontre de sa future conjointe, Lia Kurihara, elle-même chanteuse du trio indie pop Afternoon Bike Ride.
Ces nouvelles rencontres et changements de priorités lui donneront l’espace pour redevenir juste Vince, un musicien qui crée par plaisir, et non par obligation.
Alouette! est un album foncièrement personnel, qui bâtit (et parfois rebâtit) des ponts entre le passé et le futur, mais il contient aussi des chansons militantes, comme le premier simple, La journée va être chaude, qui met en lumière l’apathie généralisée envers la crise environnementale.
Une chanson qui engendre déjà des conversations.
Vincent Roberge ne fait pas de compromis sur sa musique.
Bien qu’il affirme être plus flexible sur le reste, son intégrité personnelle et idéologique est un pilier de sa démarche. Si son engagement n’est pas ce qui le définit sur le plan artistique, il trouve crucial d’aborder des sujets qui le touchent personnellement. « Si je fais de la musique, c’est pour m’exprimer sur les choses qui sont importantes pour moi. Je deviendrais fou si je pouvais pas. »
Un des jeunes musiciens québécois les plus en vue de sa génération, Les Louanges garde la tête froide, parce que pour lui, le succès est avant tout une question de liberté. « Je veux la liberté de mes convictions et, surtout, n’avoir aucune dette morale. Je pourrais avoir un chalet, faire des partenariats et jouer à l’autruche, mais là, j’ai le luxe de pouvoir me dire que si je ne le sens pas, je ne le fais pas », poursuit-il.
Alouette! est un album à la fois simple et riche avec lequel l’artiste prend des risques en demeurant tout aussi pertinent. Ça donne aussi épouvantablement le goût de danser et pour ça, ça vaut bien un petit (ou un grand) alléluia.
.jpg.webp)
Vincent raconte les premiers bourgeonnements de leur relation en ouverture du recueil Masculin Pluriel, paru le mois dernier. Pour faire une histoire courte, le papa de Lia était en perte d’autonomie au moment de leur rencontre, et son implication dans la fin de vie de son nouveau beau-père l’a forcé à remettre beaucoup de choses en perspective. « On est au beau milieu des culture wars. Les débats d’idées font rage, et pendant ce temps-là, je change des couches avec ma nouvelle chum Olivia, une préposée aux bénéficiaires originaire de la Barbade. Ça donne une autre vision des choses », se remémore le chanteur.
La pression qui engendre la perte du plaisir de créer est l’un des nombreux contrecoups qui guettent les musiciens dès qu’ils goûtent au succès. « C’est comme quand tu deviens chef cuisinier. Tu ne cuisines plus. Tu diriges une équipe, tu gères un budget, tu passes des commandes à des fournisseurs. Ma vie est sick et je ne l’échangerais pour aucune autre, mais le succès est venu avec des responsabilités que j’avais pas anticipées. Ça aussi, ça fait partie de l’équation », confie Les Louanges.
.jpg.webp)
C’est pas donné à tout le monde d’écrire de bonnes chansons engagées. Bruce Springsteen lui-même a d’ailleurs fait grincer des dents, l’hiver dernier, avec une chanson sur les deux meurtres de manifestants commis par la police de l’immigration à Minneapolis. Vincent a sa propre philosophie là-dessus. « Quand le message prend le dessus sur la musique, c’est là que ça devient lame. Il faut que ça rentre pour que ça soit bon », soulève l’artiste.
.jpg.webp)
.jpg.webp)