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Est-ce gênant d’être Américain quand on visite un autre pays ? J’avais envie de le leur demander.
Encore faut-il les trouver, parmi les hordes de visiteurs qui ont pris la métropole d’assaut cet été. La Presse en a fait état dans un dossier où Tourisme Montréal dresse un bilan de mi-saison positif, mentionnant au passage que la ville est en voie de fracasser un record d’achalandage.
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On apprend notamment que les visiteurs américains sont en hausse de 7 %. « C’est quand même 60 000 Américains de plus qui sont attendus cet été, et les Américains dépensent bien, donc on est contents », s’enthousiasme le PDG de Tourisme Montréal.
Pendant que les Américains viennent manger une poutine et tombent sous le charme de notre lovely French accent, les Canadiens boudent toujours leur pays pour protester contre leurs sanctions économiques et leur président.
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Boudent un peu moins, nuance Le Devoir, mais quand même plus qu’à l’époque où c’était hip d’aller geler sur une plage d’Old Orchard ou de se géolocaliser dans la Grosse Pomme pendant le congé pascal.
Comme je le disais plus haut, l’idée était d’accrocher des Américains en vacances pour les entendre sur ce qui se passe de leur bord de la frontière, notamment sur l’obsession de leur président à vouloir faire de nous leur 51e État ou nous matraquer avec des tarifs.
Puisque ces gens ne portent pas tous de grosses moustaches ou des casquettes MAGA, pas évident de les spotter. J’ai donc abordé plein (plein, plein) de monde au hasard, avec plus ou moins de succès.
— Ar yo americanian, señor ? (Mon anglais est un gros 3/10.)
— Big, je viens de Sorel…
Tout ça pour dire que j’ai rushé pour trouver des Américains qui acceptaient de me parler et de se faire photographier pour cet article. Pitchez-moi des éloges. Parce que même parmi ceux que j’ai trouvés, il y en a une couple qui ne voulaient pas me parler, tant ils semblaient apeurés que des hommes en noir ne débarquent.
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J’amorce ma traque à l’ombre de la Basilique Notre-Dame, très prisée en cette période estivale. Je ne sais pas ce qui se passe là-dedans, mais il y a une longue file en permanence, semblable à celle devant le restaurant L’Avenue. Un violoncelliste joue la chanson thème du film Le Parrain dans un coin de la Place d’Armes lorsque je tombe sur Sharon et Chris, deux Californiens vivant leur baptême canadien.
« C’est effectivement très embarrassant pour nous. On a honte de Trump, c’est un criminel qui mise sur le racisme pour rallier la moitié du pays. Et ça marche », se désole Sharon, dont les idées sont aux antipodes de celles de son président.
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Chris opine du chef. « On aime nos voisins mexicains. On vit à une heure de leur frontière et ça ne nous choque pas de les voir tenter leur chance. Au contraire. »
Le couple voyage beaucoup et admet qu’on leur pose souvent des questions sur ce qui se passe chez eux. D’emblée, Sharon avoue être mal à l’aise dans ce rôle d’ambassadrice improvisée. « On doit rassurer les gens que les Américains ne sont pas tous comme Trump. Mais c’est vrai que ses partisans votent massivement », lâche-t-elle.
Le couple déplore aussi le comportement de leur président envers notre pays. « On est confus parce que tout le monde aime les Canadiens. Mais nos bonnes relations vont reprendre, promis. Il [Trump] va bien finir par s’étouffer en mangeant son McDo », tranche Sharon.
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Pour une autre famille de Buffalo, Donald Trump est une honte, un narcissique et tout ce qui sort de sa bouche est un mensonge.
« C’est ce que pensent pas mal de nos concitoyens, surtout ceux des États du Nord », affirme Charly, flanqué de sa femme Priscilla et de leur fille Amelia. « On vient souvent au Canada et les gens nous demandent régulièrement comment on deal avec tout ça. Ça crée des tensions entre nous, mais beaucoup d’entre nous n’ont pas voté pour lui », nuance Priscilla.
Elle comprend la colère des autres nations, et surtout celle du Canada à l’égard de leur administration.
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Le violoncelliste enchaîne avec Somewhere Over the Rainbow lorsque j’accroche India, originaire du Rhode Island, qui habite Chicago depuis quelques années.
Elle n’a encore jamais eu à s’excuser pour les frasques de son président. Selon elle, la politique serait même devenue un sujet tabou. « Les partisans de Trump font beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux, mais pas en vrai. On n’en parle pas, même pas entre nous », souligne India, qui visite Montréal pour la première fois.
« J’aime la nourriture et le goût de la crème glacée ici. Les prix sont très bons pour nous aussi », souligne-t-elle.
Je me déplace sur la place Jacques-Cartier, autre aimant à touristes en quête d’une caricature ou d’un bon post Instagram. Laurent y joue de la guitare depuis 40 ans. Au début, il jouait du classique avant de comprendre que Nothing Else Matters de Metallica était plus payant.
« Pour moi, c’est à peu près pareil, côté revenus. Environ 40 % de mon argent vient des Américains », estime le musicien, ajoutant qu’en période estivale, la compétition est plus féroce dans le secteur.
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J’ai du mal à trouver des Américains. Les gens se sauvent quand je les aborde, pensant que je veux leur vendre un cossin. Je retourne à mon spot près de la Basilique, où un autre musicien a pris le relais du violoncelliste.
Michelle et Ed ne veulent pas se faire photographier ni me dire où ils vivent aux États-Unis, mais en ont quand même long à dire sur leur président. « Tous nos amis canadiens sont horrifiés. Nous sommes inquiets pour les jeunes, et chaque fois qu’on se dit qu’on a atteint le fond, ça devient encore pire », peste Michelle, en compagnie de leur amie qui habite au Nouveau-Brunswick.
Comme Michelle est née au Canada, le couple a même pensé revenir s’installer ici.
« On a finalement décidé de rester et de nous battre pour sauver notre pays. Des mouvements de protestation s’organisent dans plusieurs villes », affirme Ed.
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La fracture entre le Canada et les États-Unis n’est que temporaire, estiment (et souhaitent) Inna et Stan, un autre couple de Chicago. « Notre lien avec vous est tellement fort que ça prendra plus que ça pour le détruire », souligne Inna, qui adore l’ensemble de notre gastronomie, poutine incluse.
D’origine péruvienne, les Californiennes Magaly et sa fille Nicole vivent au quotidien les contrecoups du parti au pouvoir. « Autrefois, tout le monde était gentil avec nous. Depuis, le regard a changé envers nous, les immigrants. On doit faire plus attention et je suis en colère contre le ICE », déplore Magaly.
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Elle exhorte les Canadiens à ne pas mettre tous leurs œufs dans le même panier en boycottant un pays au complet. « Ce n’est pas de la faute de tout le monde, ce qui se passe », plaide-t-elle.
Avant de partir, je fais un ultime arrêt dans une boutique de souvenirs pour jaser avec le propriétaire, Sonny, qui écoule des produits canadiens et autochtones depuis 27 ans. C’est mon endroit de prédilection pour prendre le pouls de la saison touristique.
« On a moins d’Américains qu’avant, mais on a plus de Français, de Mexicains, de Chinois et d’Espagnols. Les Américains peuvent rester chez eux, on est corrects », raille Sonny, avant de s’obstiner avec un collègue d’avis que les Américains sont au contraire encore très présents.
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Cet échantillonnage ne me permet pas de conclure que tous les Américains vivent dans la honte, mais c’est assurément un sentiment partagé par quelques touristes croisés sur le vif, provenant d’États démocrates. Le même exercice avec des touristes provenant du Wyoming ou de l’Idaho aurait sans doute mené à un résultat fort différent.
Sur une note d’espoir et de solidarité entre nos deux pays, ça doit être rassurant pour le bijoutier Medusa et sa bande de savoir qu’ils n’ont présentement pas le monopole de la honte.