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« Il n’y a pas si longtemps, j’étais tellement épuisée et déprimée que j’ai appliqué chez Renaud-Bray. Bien sûr, ils ne m’ont pas rappelée. J’ai un trou de dix ans sur mon CV. »
Lydia Képinski ne se raconte pas de romances à propos de son métier. La chanteuse de 32 ans lance son troisième album C’est parti! le 25 septembre et son virage iconoclaste vers l’hyperpop et l’EDM reflètent un besoin de suivre son instinct. Une proposition énergique et radicale, qui lui ressemble néanmoins. Chanteuse pop doublée d’une femme d’affaires, Képinski s’est tournée vers un style qui lui donnait envie de continuer de créer.
C’était la première fois qu’elle débarquait en studio avec une idée précise de la facture sonore qu’elle désirait pour son nouveau matériel. « J’écoutais beaucoup l’artiste EDM roumaine Inna quand ça allait pas. J’allais me promener en écoutant sa musique et j’ai réalisé que ce style était la seule chose qui me motivait. Quand t’as le moral à plat, continuer à bouger avec cette musique-là fait du bien. Je me suis demandé pourquoi je ne suivrais pas simplement ce qui me motive, même si, au Québec, la scène électronique est petite », explique-t-elle.
Dévoilé en primeur lors d’une soirée d’écoute le 10 septembre dernier, C’est parti! comprend treize chansons hyperactives qui annoncent un nouveau tournant dans l’une des carrières les plus atypiques et intéressantes de la scène musicale québécoise.
Si le changement est drastique sur disque, ça fait longtemps que Lydia Képinski dérive vers l’EDM en spectacle. Ceux et celles qui l’ont vue le savent. Pendant le cycle de Depuis, elle finissait ses performances sur un remix de son contagieux succès Vaslaw, qui se déconstruisait en jam EDM pour clore la soirée.
Vaslaw est ce qu’on appelle entre critiques de musique, un ostie de banger :
Un détail qui saute aux yeux (ou aux oreilles) à l’écoute de C’est parti! est que malgré la fatigue et les embûches, la vie semble sourire à Lydia. Elle y célèbre, entre autres, sa relation avec son copain William sur des rythmes effrénés qui rappellent les battements d’un cœur en amour.
« Je suis quand même fière d’avoir réussi à faire des chansons heureuses sur le fait que je suis contente de l’avoir rencontré. Pas besoin d’attendre d’avoir le cœur brisé pour créer. [William] a été là dans mes hauts et mes bas, et c’est vraiment le fun de pouvoir vivre ça avec lui. C’est ma première relation de couple vraiment engagée, on habite ensemble. Avant, j’étais plus une serial dater. Je m’identifiais au célibat », raconte la chanteuse.
Créé en collaboration avec son complice de longue date, Blaise Borboën-Léonard, C’est parti! est à la fois une célébration et l’exorcisme d’années éreintantes passées à porter, volontairement ou non, plusieurs chapeaux : « Je suis très loyale en affaires. Ça m’en prend beaucoup pour renvoyer quelqu’un. Il y avait deux ou trois personnes dans mon entourage avec qui j’aurais dû couper les ponts plus tôt. Je me disais tout le temps que ça allait se régler, mais j’en prenais continuellement plus sur moi. »
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Cette rupture avec la lourdeur et le renouvellement de ses vœux avec la musique est palpable sur l’album. On sent Lydia sur un élan, propulsée par une énergie nouvelle et libératrice. Même si la facture sonore est on ne peut plus différente, on reconnaît son empreinte créative par la qualité de ses textes et l’intensité émotionnelle de ses atmosphères. C’est parti! est une nouvelle étape plutôt qu’une nouvelle identité.
« J’essaie de me reconnecter à l’énergie de Premier juin. À l’époque, je n’étais pas dans le perfectionnisme. Après la pandémie, tout le monde dans l’industrie de la musique avait tellement peur que tout s’arrête à nouveau qu’une énorme pression s’est installée. Pourtant, passer plus de temps sur une œuvre ne la rend pas nécessairement meilleure. Des fois, botcher un peu et faire confiance à son premier instinct, c’est ce qu’il y a de mieux », explique Lydia.
Jaser avec Lydia Képinski a quelque chose de rafraîchissant. La jeune artiste n’adhère pas aux règles de l’industrie et discute avec candeur des exigences et responsabilités qui viennent avec son style de vie. Elle a assez de métier dans le corps pour poser un regard critique sur sa profession.
« T’es en spectacle toute la fin de semaine, mais tu peux pas prendre ton lundi pour revenir sur Terre parce que ta boîte courriel explose et tout le monde attend une réponse pour que ton projet continue d’avancer. Tu peux engager et déléguer des tâches, mais est-ce que ton projet fait assez d’argent pour ça ou est-ce que tu dois tout faire toi-même? Composer de nouvelles chansons, c’est une tâche, comme celle d’aller chercher tes costumes de scène chez le nettoyeur », raconte Lydia.
Le métier de chanteuse implique aussi une myriade de choix et de responsabilités dont le public n’a aucune idée. Lydia s’implique dans la conception graphique de son matériel promotionnel, la planification de son horaire de publication sur les réseaux sociaux et dans un paquet d’autres microtâches. Elle dirige sa propre entreprise et l’ampleur du boulot exige qu’elle mette ses limites.
« La perfection, c’est l’ennemi du “assez bien”. L’art, c’est tellement viscéral qu’on a tous de la difficulté à mettre un point final à un projet. À un moment donné, il faut que les choses se fassent et arrêter de réviser. Cette décision-là me revient », confie-t-elle.
Même si elle est très consciente du rythme de vie effréné qu’exige la musique, c’est ce que Lydia continue de choisir. Atteindre l’équilibre, c’est investir les heures nécessaires dans un projet selon ses propres termes et parce qu’on a envie de le faire. « Je travaille encore toutes les fins de semaine depuis six mois, mais c’est un choix que j’ai fait et budgété moi-même », précise la chanteuse.
Malgré l’épuisement, les frustrations et l’investissement que demande sa carrière, Lydia y trouve encore du beau. Assez pour aller de l’avant avec le pied sur l’accélérateur, comme elle le raconte dans la chanson Graal.
« Tous les artistes cherchent constamment des marqueurs de succès. Une salle comble, un Félix, etc. Mais dès qu’on l’obtient, on en veut un autre, on veut passer à l’étape suivante. Mais c’est un piège de vouloir quantifier le succès. J’essaie de me concentrer sur ce que j’aime faire sans me comparer », conclut-elle.
Lydia Képinski est chargée à bloc. Préparez-vous à danser à son rythme.
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