Peut-on prendre pour Équipe Canada quand on est souverainiste?

L’indépendance à la carte, une trahison?

18 février 2026
Publicité

Ici, le hockey n’est pas qu’un sport. C’est le dernier langage commun. Le seul moment où Red Deer et Sorel battent au même rythme.

À Milan, pourtant, un froid s’installe : aucun Québécois dans l’alignement masculin. Zéro.

Chez les femmes, le constat n’est guère plus rassurant. La capitaine Marie-Philip Poulin mène l’équipe, épaulée par une seule autre Québécoise. Elles ne sont que deux pour faire résonner un accent familier sur la scène olympique.

Pour combien de temps?

Pour un souverainiste, la question cesse d’être théorique. Elle devient épidermique. Peut-on applaudir la feuille d’érable quand on rêve d’un autre pays? Est-ce une trahison… ou une simple trêve olympique?

But gagnant en finale contre les États-Unis : tu te lèves ou tu restes assis?

Les photos qui accompagnent cet article sont une gracieuseté de mon père, Paul Bourbeau, photographe iPhone tout-terrain et grand chanceux.
Les photos qui accompagnent cet article sont une gracieuseté de mon père, Paul Bourbeau, photographe iPhone tout-terrain et grand chanceux.
Publicité

« Une équipe nationale, ce n’est pas un club de la LNH »

Le député de Québec solidaire Alexandre Leduc ne tourne pas autour de la puck. Pour le passionné de sport, l’absence de Québécois dépasse la statistique.

« On devrait s’attendre à un minimum de diversité régionale. Là, cette préoccupation semble absente. Ne sélectionner aucun Québécois, c’est, à mon avis, une erreur sportive… et politique. »

L’élu d’Hochelaga-Maisonneuve parle d’une forme de souveraineté à la carte. « On choisit quand on l’est et quand on ne l’est pas. Ça peut sembler contradictoire. »

À ses yeux, souhaiter un Québec indépendant n’empêche pas d’encourager une équipe canadienne, surtout en l’absence d’alternative. Il évoque au passage l’Écosse et le Pays de Galles au soccer : des nations qui compétitionnent séparément au sein du Royaume-Uni.

Il nuance toutefois. Oui, il a savouré la dernière victoire contre les États-Unis à la Confrontation des 4 nations, gagnée dans un contexte de tensions commerciales et diplomatiques, où les hymnes étaient hués.

« Donner une volée aux Américains, c’est vrai que ça procure un certain plaisir. »

Le plaisir n’annule pas la contradiction. Il la suspend.

Publicité

« Si aucun Québécois ne perce, tu prives les jeunes de figures inspirantes. Et ça finit par freiner le développement du sport. »

Une formation qui en dit long

La journaliste sportive Daphnée Malboeuf se décrit quant à elle comme une « nouvelle souverainiste », influencée par les convictions de sa belle-famille. Mais quand vient le temps d’analyser l’absence totale de joueurs québécois dans l’alignement masculin d’Équipe Canada, elle remet d’abord son « chapeau de journaliste ».

Publicité

Pour elle, la base demeure claire : la sélection doit se baser sur une méritocratie. « Aucun joueur québécois ne voudrait d’un passe-droit au nom de la représentation. Oui, c’est fâchant de ne voir aucun Québécois cette année, mais la vraie question, c’est pourquoi. Ce n’est ni un affront ni un complot : c’est peut-être le signe que notre développement du hockey va moins bien. Au lieu de parler de quotas, on devrait se demander ce qu’on peut faire pour que ça change. »

Daphnée parle plutôt d’un examen de conscience. « Se regarder dans le miroir et se demander ce qu’on peut faire pour que le hockey québécois soit de nouveau une pépinière de talents. C’est aussi la première fois qu’il y a aussi peu de Québécoises représentées. Elles ne sont que deux. C’est l’hécatombe. »

Publicité

« Un autre but de Crosby en prolongation et le Oui perd dix points. »

Tristan Fortin, cofondateur de Projet Équipe Nationale avec Guillaume Ringuette, ne fait pas dans la demi-mesure.

Leur initiative prend forme en 2022, au détour d’un congrès péquiste. C’est là que les deux universitaires se croisent et font le même constat : à chaque Olympiade, la flamme de l’indignation s’embrase … puis s’éteint à la clôture des jeux, sans jamais s’attaquer aux causes profondes.

Depuis, les deux militants enchaînent les coups d’éclat à saveur indépendantiste : création d’un maillot, alignements, vidéos, lettres ouvertes et bientôt, un essai pour pousser la réflexion plus loin.

« On ne voulait plus juste chialer parce qu’il y a un ou zéro Québécois sur l’équipe canadienne. On voulait comprendre pourquoi. »

Publicité

Pour lui, l’enjeu est d’abord symbolique. « Une équipe nationale représente une nation. Le Québec en est une. Si tu regardes l’alignement et que tu ne te reconnais pas, il y a un problème. »

Il refuse l’explication facile du simple déclin sportif. Oui, les coûts explosent. Oui, les patinoires extérieures se raréfient. Oui, d’autres sports gagnent du terrain. Mais le symbole reste.

« Comme Québécois, je trouve ça inconséquent. Comme souverainiste, carrément inconcevable. On ne peut pas faire une trêve aux quatre ans pour appuyer le Canada. »

Le but en or de Sidney Crosby en 2010 aurait d’ailleurs « formé des néo-Canadiens ».

« Ce sont quelques secondes, mais on pourrait écrire des thèses là-dessus. Une victoire marque l’imaginaire. Un autre but de Crosby en prolongation et le Oui perd dix points. »

Un dilemme aux contours mouvants

McDavid, MacKinnon, Crosby. Avec une telle constellation de talents, difficile de prétendre que l’élan populaire autour d’Équipe Canada s’essouffle.

Publicité

Daphnée Malboeuf ne perçoit d’ailleurs aucun recul du sentiment d’identification. Les Québécois, grands amateurs de hockey, connaissent ces joueurs par cœur à travers leurs clubs respectifs et les admirent depuis des années.

« Ça faisait deux cycles olympiques que les joueurs de la LNH n’étaient pas là. Avec la confrontation des 4 nations, l’an dernier, on s’est raccrochés à cette équipe-là, on a renoué avec un sentiment d’appartenance canadien… Ç’a ravivé la flamme. »

Reste alors la question la plus délicate, celle qui dépasse la simple sélection d’un alignement : quel est l’impact du sport sur nos convictions politiques? Les met-il en veilleuse ou les expose-t-il au grand jour?

« Je pense qu’on est capables de les mettre de côté. Pendant 16 jours, beaucoup de souverainistes avec la fleur de lys tatouée sur le cœur l’échangent pour la feuille d’érable et ont envie de chanter le Ô Canada. Le sport révèle nos convictions, mais on a des valeurs à géométrie variable quand on regarde le hockey. On ressort un patriotisme qu’on ignorait en nous. »

Publicité

Ottawa ou Washington : qui est l’adversaire principal?

Alors que le pays tangue, entre une Alberta aux accents référendaires et un Parti québécois relancé, la rivalité avec les États-Unis dépasse largement le cadre sportif.

Le duel est chargé d’histoire, d’orgueil, de politique.

Mais au fond, est-ce encore l’ennemi principal?

« Paul St-Pierre Plamondon soutient qu’Ottawa est l’ennemi en toute circonstance. Moi, je suis souverainiste depuis l’adolescence, rien ne me fera changer d’idée », affirme Alexandre Leduc.

« Cela dit, la guerre tarifaire, les usines qui ferment, les emplois qui disparaissent, c’est d’abord lié à Donald Trump. Il faut être capable de le reconnaître. »

Est-ce que, le temps d’une Olympiade, le projet d’indépendance passe au second plan?

Publicité

« Pas du tout, poursuit-il. Mais conjoncturellement, je crois qu’on est plus unis contre les États-Unis trumpistes. »

Au-delà des crispations d’un climat politique alourdi, le politicien souligne que les Jeux offrent aussi une soupape. Un exutoire collectif où les tensions peuvent se mettre en veille.

« Ce qui est beau, pendant les Olympiques, ce sont les parcours humains. Leurs histoires. Les Mikaël Kingsbury à leurs derniers Jeux. Le couple Laura Stacey et Marie-Philip Poulin. Les familles qui pleurent dans les gradins. Le sport nous rapproche plus qu’il nous éloigne. »

Publicité

Rayonner sous son propre drapeau

Tristan Fortin partage ce point, mais va plus loin. « Nous, on veut une équipe du Québec avant même l’avènement du pays. Comme le Pays de Galles ou l’Écosse, qui ont un droit d’aînesse pour avoir participé à la naissance et à l’institutionnalisation de leur sport, le Québec pourrait faire valoir le sien : le hockey est né à Montréal. »

« On devrait pouvoir plaider cette reconnaissance-là dès maintenant, sans attendre la souveraineté. Le sport est un puissant moteur identitaire. Aujourd’hui, les victoires sportives jouent un rôle comparable aux grandes victoires d’autrefois : elles unissent, elles marquent une génération. »

Une patinoire de la LNH correspond à la distance précise entre les rues Drummond et Stanley, au centre-ville de Montréal. Le hockey est né ici. Et pourtant, à Milan, il parle sans nous.

Et si cette équipe était moins compétitive qu’Équipe Canada?

« Sans hésiter. »

Publicité

Il cite la Finlande ou la Tchéquie : des pays au bassin démographique modeste qui compensent par des modèles de développement avancés.

« Ce n’est pas qu’une question de médailles. Toutes les nations gagnent aux Jeux, même sans médaille. Elles montrent leur drapeau. Nous, on disparaît dans le fédéral. »

Falardeau vs Gretzky

À Milan, l’équipe masculine est favorite. Les vedettes sont adulées. Même pour ceux et celles qui rêvent d’un autre pays.

Intraitable, Tristan demeure vindicatif : « Connor McDavid, c’est un peu nos Rocheuses modernes. On se l’approprie, même s’il vient de l’Ontario. On ne veut pas le perdre. »

Alors, la question revient.

Publicité

Comment se sentir représenté quand personne « de ta gang » n’est là? Comment vibrer pour une équipe nationale qui ne reflète pas ta nation? Est-ce encore « notre » équipe?

Peut-être que la réponse se trouve dans cette zone grise. Le sport comme suspension temporaire du politique.

Le hockey n’est pas un référendum. Mais il n’est pas innocent.

Entre cohérence idéologique et instinct nationaliste, chacun trace sa ligne.

Alors, finale contre les États-Unis.

But gagnant du Canada.

Criez-vous?

Commentaires
Vous voulez commenter?
Identifiez-vous! (c’est gratuit)
ou
Aucun commentaire pour le moment.
Soyez le premier à commenter!

À consulter aussi

Publicité
Publicité