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Cynthia Aïshah Francisque a deux déjeuners de prévus aujourd’hui. Un avec moi, et un autre avec son groupe d’amies tout de suite après.
Les mercredis pluvieux et les fins de semaines ensoleillées sont pareils pour elle: occupés, organisés et surtout optimisés. « Après les copines, je retourne chez moi siester un peu. Ensuite, j’ai une réunion de préproduction avec mon DJ en prévision du festival des Mongolfières de St-Jean-sur-Richelieu, et après je fais des réseaux sociaux pour le reste de la journée. Ça fait partie de la job aussi », explique-t-elle.
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Celle qu’on connaît mieux sous le nom de Shah Frank a le vent dans les voiles. Forte d’un premier Félix pour album R&B/soul de l’année, elle a depuis enregistré une collaboration avec l’équipe de soccer des Roses de Montréal, une autre très remarquée sur la magnifique chanson d’Irdens Exantus Vices & Porcelaine, en plus de donner le spectacle de la mi-temps d’un match de la WNBA au Centre Bell.
Et depuis peu, on peut apercevoir son visage sur un panneau publicitaire pour faire la promotion de sa nouvelle chanson Nonchalante près du centre commercial Royalmount. L’été 2026, c’est le Shah Frank Summer.
Au départ, j’avais prévu lui parler en marge d’Osheaga parce que j’étais convaincu qu’elle était à l’affiche… mais elle ne l’est pas. Étrange hasard? Malencontreux quiproquo ou grand design cosmique? Shah Frank et moi sommes allés déjeuner ensemble à l’Oeufrier à Laval pour faire le tour de la question et se pencher sur la définition du succès – elle qui commence à en avoir beaucoup.
« C’est sûr qu’Osheaga est sur mon vision board depuis longtemps », raconte la chanteuse, sertie d’un attirail de bijoux digne de Cléopâtre. « Oui, j’aurais pu le faire cette année. Performer en après-midi devant 100, peut-être 150 personnes, ou ça pourrait se produire l’année prochaine alors que j’aurai du nouveau matériel et un profil que j’aurai continué de bâtir pendant plusieurs mois. Tout arrive pour une raison dans la vie. »
Shah Frank n’est pas du genre à s’offenser d’une omission corporative. Le muscle de la gratitude est très développé chez elle. Elle célèbre le chemin parcouru et compte régulièrement ses bénédictions. L’artiste voit les obstacles comme des défis à relever et non comme des insultes.
Une carrière en musique, c’est un marathon. Pas un sprint.
« Il y a quelques années, Charlotte Cardin avait remplacé Aya Nakamura à pied levé et elle avait épaté la galerie. Si on m’appelle à la dernière minute, je suis prête. J’ai un set que je peux interpréter, mais les circonstances ne seront que meilleures si je me donne le temps. »
Même si elle gagne du terrain depuis quelques mois sur les réseaux sociaux, ça fait plusieurs années que Shah Frank se trouve chanceuse. « Les choses ont commencé à débloquer pour moi en 2019, quand j’ai rencontré Imposs. Ila été un mentor très important pour moi. Je chantais en anglais à l’époque et c’est lui qui m’a convaincu de faire un album en français. Il m’a donné du feedback essentiel à ma carrière, il m’a présenté à plein de monde. Je suis vraiment bénie qu’il ait vu quelque chose en moi. »
Avec l’équipe des Disques 7e ciel, son étiquette depuis deux ans maintenant, Shah a bel et bien établi un vision board – une représentation visuelle des étapes à attendre dans sa carrière. À petit, moyen et long terme.
Cet été, elle coché quelques étapes plus vite qu’elle ne l’aurait cru. Comme celle de se produire au Centre Bell lors de la visite du Tempo de Toronto. « Les gens n’étaient peut-être pas là pour moi, mais c’est spécial pour une ancienne joueuse de basket de pouvoir se produire pendant un match de la WNBA. Et aussi, j’ai pu performer devant des milliers de personnes. »
Compétitive, mais confiante en elle – et en sa musique – Shah Frank voit toujours Osheaga comme une étape à franchir, une case à cocher sur le tableau Ce n’est pas parce que ça ne se passe pas cette année que ça ne se passera pas. Tenez-vous le pour dit.
Si Shah Frank est aussi confiante et préparée à la vague sur laquelle elle commence tout juste à surfer, c’est parce qu’elle n’en est pas à ses premières armes en musique. Elle a appris à s’entourer et à séparer les professionnels bienveillants des vendeurs de mauvais rêves.
« J’ai pas toujours été bien entourée, admet-elle. Les premières personnes qui m’ont accompagnée dans le milieu me disaient que j’avais pas besoin d’écrire. Que j’avais même pas besoin d’être bonne. Que l’important c’était juste d’être belle. J’ai eu une longue écoeurantite de la musique pendant longtemps à cause de ça. »
Aujourd’hui artiste à temps plein, Shah Frank a longtemps gagné sa vie comme assistante styliste dans le milieu de la télé et du cinéma. Elle est revenue à la musique non pas dans l’optique de se trouver sous les projecteurs, mais parce qu’elle ressentait le besoin de créer, tout simplement. Elle a d’ailleurs lancé son premier EP Stellaria Story en anglais, pendant la pandémie, même si on lui avait déconseillé de le faire. « Cette petite voix à l’intérieur de moi me disait que c’était la bonne chose à faire et elle avait raison ».
Même dans la langue de Shakespeare, la force de ses compositions leur ont frayé un chemin jusque sur les ondes de plusieurs stations de radio. En 2022, elle a été invitée par Annie-Soleil Proteau à chanter sa première chanson en français, La ballade, à Salut Bonjour Weekend. C’est à partir de ce moment, selon elle, que le vent s’est mis à souffler dans la bonne direction.
L’histoire de Shah Frank, c’est celle d’une jeune femme qui décide de faire de la musique pour les bonnes raisons. Une connexion authentique avec le public. Des rencontres avec des gens de confiance qui ont su voir son potentiel et l’accompagner pour qu’elle développe son talent. Une série de victoires célébrées dans le moment présent sans être parasitée par l’anxiété du travail qui reste à accomplir.
« Si j’avais quelque chose à dire à la Shah de 2016, complètement dégoutée du milieu de la musique, je lui dirais de continuer, que ça en vaut la peine », confie-t-elle, émotive.
Elle apprécie son public, et elle se fait confiance pour conquérir celui qui ne connaît pas encore son nom. En discutant avec elle, difficile de ne pas sentir ce vent qui la pousse. Non, Shah Frank ne sera pas à Osheaga cette année, mais elle y sera assurément un jour.
Le Shah Frank Summer, ce n’est qu’un début.