Niu Lai

Tout ce que vous avez besoin de savoir sur « Niu Lai »

La Chine a-t-elle produit son propre « The Room »?

21 août 2026
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Quand Tommy Wiseau a présenté son film The Room au public en 2003, il était convaincu d’avoir écrit, réalisé et incarné le premier rôle dans un drame générationnel qui allait changer l’industrie du cinéma. Ce n’est pas ce qui est arrivé, mais le bon Tommy est devenu une légende à sa manière.

Réussir pour les mauvaises raisons, c’est réussir quand même. En créant sans le vouloir une comédie devenue culte (et, surtout, en acceptant le ridicule), Wiseau est devenu une sorte de monstre sacré du cinéma contemporain, encore plus célèbre que la majorité des réalisateurs d’aujourd’hui. Même si The Room est un inimitable chef-d’œuvre d’art naïf, un petit film d’animation chinois serait en voie de lui succéder. Vous l’avez peut-être vu passer sur vos réseaux, ça s’appelle Niu Lai.

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Le titre se traduirait approximativement par Le boeuf s’en vient, ou quelque chose du genre, et raconte l’histoire d’un veau timide qui développe une amitié avec un léopard qui lui apprend le courage et le sens des responsabilités.

En regardant la bande-annonce, ça a l’air du projet d’un animateur 3D autodidacte aidé de tutoriels YouTube (et c’est pas loin d’être le cas), mais au moment d’écrire ces lignes, Niu Lai aurait généré un profit de 28,67 millions de yuans, soit presque 6 millions de dollars canadiens en deux semaines.

Pour vous donner une idée, en ce moment, il y a à peu près autant de personnes qui ont vu Niu Lai que de Québécois qui ont vu C.R.A.Z.Y. de Jean-Marc Vallée en salle à sa sortie. Comment est-possible ? C’est une histoire très web 2.0.

Un projet mère-fils

Croyez-le ou non, Niu Lai a pris plus de cinq ans à produire. La raison est bien simple : deux personnes seulement ont travaillé dessus, Xin Yumeng et sa mère, Sun Lifang. C’est moins le fun de rire d’un petit projet familial porté de passion et d’eau fraîche, hein ? Le dernier Toy Story avait plus de 300 noms au générique, alors c’est un miracle en soi que deux personnes aient réussi à créer un film d’animation cohérent.

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Alors, comment Niu Lai s’est retrouvé à être distribué en salle ? Excellente question. Si la compagnie de distribution s’est fait vivement conseiller de passer son tour en raison de la piètre qualité du film (d’uh), son patron et Xin Yumeng sont amis. Fait que ça s’est passé. Simple de même.

Niu Lai est débarqué sur les écrans le 5 août dernier sans bande-annonce ou campagne de promotion et avec une affiche assez rudimentaire qui ne révèle absolument rien sur le film :

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Vous douteriez-vous, en regardant cette affiche, qu’elle vous invite à regarder ce film ?

Moi non plus.

Au départ, Niu Lai a été vu par exactement 236 personnes et a engrangé un profit de 7 169 yuans (1 468,79 CAD) entre le 5 et le 14 août. L’affaire aurait pu s’arrêter là si ça n’avait été de ces 236 personnes qui ont pris d’assaut les réseaux sociaux pour se moquer de l’animation louche, des problèmes de doublage et autres aspects à la bonne franquette du film.

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Un buzz s’est alors créé et Niu Lai a généré 46 000 yuans en vente de billets le 15 août seulement (942 453 CAD). Ça, c’était samedi dernier. Si l’effet boule de neige se maintient, on estime que Niu Lai pourrait atteindre entre 100 et 135 millions de yuans en profits (entre 20 et 27 millions CAD). On prévoit aussi une sortie à Singapour le 1er novembre prochain.

…mais pourquoi donc ?

Mais pourquoi les gens sont-ils aussi enthousiastes à l’idée de visionner un film qui semble avoir été créé pour être regardé sur Windows Media Player ?

D’abord, parce que c’est drôle. Un film comme Niu Lai avait deux destins possibles : l’échec total ou le succès ironique et, pour le meilleur et pour le pire, son passage en salle et son affiche mystérieuse lui auront mérité le second. Pour paraphraser le principe de physique quantique mis de l’avant par Niels Bohr (entre autres, on n’est pas des scientifiques chez URBANIA) : observer un phénomène change sa nature. Plus Niu Lai génère de l’intérêt et plus on lui trouve des qualités. C’est scientifique, bon !

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Si les imperfections et le caractère naïf de Niu Lai rejoignent autant le public, c’est sans doute aussi parce qu’ils font contrepoids à l’émergence à vitesse grand V de l’intelligence artificielle dans plusieurs domaines. C’est peut-être du slop, mais c’est du slop profondément humain et les gens (du moins le peuple de la République de Chine) préfèrent payer pour ça que pour de la cochonnerie faite par l’IA.

Le phénomène Niu Lai fait écho à l’humoriste Charles Brunet, qui a découvert cette semaine le film Hydra, sur Tubi, une production plus ambitieuse, mais tout aussi maladroite dont le décalage entre les objectifs et le résultat final fait instinctivement rire. Parfois, c’est pas plus compliqué que ça.

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Si Niu Lai est devenu la saveur du jour, c’est en partie en raison de son apparition imprévue en salle alors que The Odyssey et le nouveau Spider-Man monopolisent 90 % des écrans. C’est une fracture franche et spontanée avec les attentes qu’on se fait envers les productions cinématographiques. Ce genre de film est habituellement condamné à la distribution indépendante et aux plateformes de visionnement en ligne.

Un Niu Lai 2 ne sera jamais aussi divertissant et rafraîchissant qu’une erreur de jugement d’un distributeur qui veut aider son ami. Parce que les décisions humaines sont toujours plus intéressantes que les décisions d’affaires.

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