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Bien que je réside à Montréal depuis août 2002, je n’étais jamais vraiment allé à Lasalle. Je suis passé par là pour me rendre dans l’ouest de l’île, mais je ne m’y étais jamais arrêté.
C’est ça, Montréal. Même si, en 2002, le maire Pierre Bourque promettait « une île, une ville », le territoire demeure zébré de 28 municipalités non officielles.
Sauf que c’est une richesse de pouvoir se retrouver complètement ailleurs à quelques minutes de chez soi. Pourtant, souvent, on n’y va même pas. La logique est un peu la même qu’en région : on ne visite pas la ville d’à côté si on a pas affaire là-bas.
« Le monde de Montréal » est tout, sauf une entité homogène.
Les gens de LaSalle et moi, on a beau être du « monde de Montréal », aux yeux du reste du Québec, on est deux groupes distincts. Pourtant, ils m’ont invité à leur cinquième block party communautaire, organisé par Quartier is Home et le programme de basketball des Leaders de Lasalle. C’était la première fois que j’assistais à un block party, et je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Sur les réseaux, l’événement se décrit comme « une célébration de la communauté, de sa culture et des gens qui l’incarnent ». Dans l’fond, c’est comme un peu la fête de tout le monde.
Mes voisins ANGLOPHONES voulaient qu’on apprenne à se connaître (ça parle beaucoup anglais dans l’ouest de l’île). Une histoire de bon voisinage qui aurait pu se passer en ville comme dans le Bas-Saint-Laurent.
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Setiz Taheri est arrivé au parc Lefebvre à la levée du jour. Pourtant, il ne démontre aucun signe de fatigue et semble à peine transpirer. Le block party communautaire célèbre son 5e anniversaire, même s’il existe techniquement depuis 2019. La COVID aura volé du temps à l’organisme, comme à tout le monde.
La météo s’annonçait menaçante en début de semaine, mais la journée est chaude et cotonneuse. Le soleil brille derrière une fine couche de nuages. « Au départ, l’idée était d’avoir un moment et un endroit pour rassembler tous les moteurs qui propulsent la communauté : les entreprises locales, le sport, la bouffe, l’art, la musique, la culture, etc. », explique Taheri.
Le block party est une sorte de bazar de produits, de services et d’activités, tous offerts gratuitement : nourriture, breuvages (jamais d’alcool), basketball, flag football, portraits photo, artistes visuels, prestations de DJ, danse, massothérapie, coupes de cheveux et même CrossFit. Pour Setiz, c’est l’accessibilité qui compte.
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« Les plus vieux sont nostalgiques, mais les plus jeunes, ça va devenir leur standard, tu comprends ? Tu peux pas vouloir quelque chose si tu l’as jamais vu », philosophe l’organisateur, le regard à l’affût de quiconque aurait besoin de son aide. « Un jeune pourrait vouloir devenir athlète, artiste, photographe, danseur. En venant au block party, il va constater que c’est possible ».
Même les rêves les plus fous sont représentés au block party. Le joueur des Clippers de Los Angeles Bennedict Mathurin est passé faire son tour pour rencontrer les jeunes basketteurs. Lorsque je lui ai demandé si je pouvais le prendre en photo pour mon article, Mathurin a tout de suite acquiescé à ma demande : « Ouais, viens. On va prendre un selfie ensemble. »
Déjà debout et tout sourire, je n’ai pas eu le cœur de préciser la nature de ma demande. Alors maintenant, Ben a un selfie avec Benn Mathurin… où je ne suis pas tout à fait à l’aise :
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Au cours de la journée, Setiz disparaît et réapparaît à travers la foule tel un Houdini bienveillant. « Je t’avais bien dit qu’il ne pleuvrait pas aujourd’hui. Il pleut jamais au block party », me lance-t-il avec un clin d’œil avant de disparaître à nouveau.
Il a raison. Malgré les prévisions, il ne tombera pas une traître goutte.
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Au départ, l’objectif était de parler de politique avec les participants. C’était peut-être ce dont j’avais envie, mais au parc Lefebvre, j’étais la seule personne qui avait le cœur et l’esprit aux grosses questions.
Les organisateurs, tout comme les participants du block party, étaient dans le moment présent. C’était jour de fête, après tout. Au block party, pas besoin d’aller à la rencontre de son voisin : il vient à vous, tout naturellement. D’ailleurs, les gens sont bien heureux de me parler, même si ce n’est pas du sujet que j’aurais espéré.
« Ah ouais, URBANIA ? Tu travailles avec Vanessa Destiné ? J’adore cette fille, je consomme tout son contenu », partage la massothérapeute en chef de l’événement, Sarah Gagné.
Elle sera loin d’être la dernière personne à me partager son admiration pour ma collègue. Sarah a dépêché toute son équipe sur place pour offrir un moment de détente à la communauté. « On vient redonner, mais on vient aussi éduquer à propos de ce qu’on fait. Il y a un aspect détente, mais c’est d’abord et avant tout un soin. Il y a plein de jeunes athlètes ici qui comprendront mieux les bienfaits d’un massage pour éviter les blessures », explique l’entrepreneure.
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Les frères jumeaux Naska et Marcus, respectivement photographe et artiste peintre, participent à l’événement depuis ses débuts. « Je fais de la photo commerciale pour payer les factures, mais le portrait, c’est ma passion », affirme Naska, photographe professionnel depuis 15 ans, alors qu’il se fait tirer le portrait en peinture par son frère. « Une journée comme celle-ci est une belle occasion de rencontrer des gens, de les faire sortir de leur coquille et de pouvoir prendre un portrait qui rend bien leur personnalité. J’adore jaser avec les plus gênés, les mettre à l’aise avant de sortir ma caméra. Je fais tout le temps plein de belles rencontres. »
Marcus est d’accord avec lui. « On est d’abord et avant tout des gars de LaSalle. L’ambiance est tellement bonne au block party. J’y croise souvent des gens que je n’ai pas vus depuis un bail et juste ça, c’est bon pour l’âme. »
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Après deux heures passées à faire de belles rencontres, j’ai une épiphanie. Le block party me rappelle les épluchettes de blé d’Inde et les fêtes paroissiales qui se déroulent en région. Comme quoi, le Québec est composé de communautés tissées serrées où tout le monde se connaît, d’entreprises locales fortes et de leaders accessibles. C’est la vision du futur que nos politiciens et leaders idéologiques prétendent vouloir pour nous. On la trouve au parc Lefebvre au même titre qu’à L’Assomption ou à Saint-Jean-Port-Joli.
Hot take : les gens des régions ont plus en commun avec le monde de LaSalle que les Montréalais qui, après une semaine de vacances en Gaspésie, passent le reste de l’année à nous casser les oreilles avec leur dégoût pour la ville et leur éternel projet de déménager en région qui n’advient jamais. Pourquoi ne pas plutôt amener l’esprit de la région en ville au lieu d’aller la gentrifier ?
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Je suis fier d’être Montréalais, mais c’est la Côte-Nord qui m’a vu grandir. C’est à Port-Cartier que j’ai vécu mes premières fois, les belles comme les moins belles. Les premiers amours, les premiers échecs, les premières peurs. C’est un endroit qui vit en moi et qui teintera à jamais ma compréhension du monde (n’en déplaise à Jean-Philippe Pleau). Je ne serai jamais aussi Montréalais qu’une personne qui a grandi à Ahuntsic ou sur le Plateau, et c’est correct.
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C’est connu : Montréal et les régions ne se parlent pas, mais elles se jugent beaucoup. Pourtant, c’est quand on apprend à se comprendre qu’on réalise à quel point on a plus en commun qu’on ne le pense. On veut tous être invités au cookout ou à l’épluchette de blé d’Inde.
Si on passait plus de temps à prendre soin des nôtres, comme le font Setiz Taheri et les Leaders de Lasalle plutôt que d’écouter nos politiciens et chroniqueurs, il serait partout, le block party, et ce block party est l’occasion d’apprendre à mieux connaître ses voisins.
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