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Le restaurant Fabergé n’est pas conçu pour les lundis pluvieux.
Fièrement campée au coin Saint-Urbain et Fairmount, cette institution du Mile End sert de lieu de rassemblement aux fêtards en lendemain de veille, aux apparitions spontanées de célébrités nichées et aux rendez-vous amoureux entre lève-tôt. Mais le lundi midi, c’est vide. Surtout avec pareille température.
À Montréal, le Mile End a la réputation d’être une suite ininterrompue de petits commerces emblématiques et imperméables à la mondialisation. C’est un endroit qui déborde d’histoire, de rêves et d’ambition. Et, au début des années 2000, c’était aussi la mecque du rock indie d’où sont apparus, entre autres, Arcade Fire, Godspeed You! Black Emperor, Wolf Parade, Half Moon Run, Islands et plusieurs autres dont j’ai jamais entendu parler.
« J’étais trop jeune pour être à fond dans cette scène-là. en toute transparence, c’était mes grosses années One Direction. J’ai découvert MGMT quand j’avais 13 ans », confie Juliette Gariépy avec un clin d’œil complice.
Avec Mile End Kicks, la réalisatrice canadienne Chandler Levack pose un regard incisif sur une époque dont ceux qui l’ont vécue gardent encore des souvenirs vifs. Dans cette comédie romantique, Gariépy incarne Madeleine, la coloc de la protagoniste et détentrice en règle du « gros bon sens ».
Juliette a bravé la pluie froide et torrentielle d’avril pour me parler de Madeleine, du Mile End, de faire carrière à l’écran et de la vie après son premier rôle très remarqué dans Les chambres rouges, le succès surprise de Pascal Plante.
Mile End Kicks raconte l’histoire de Grace (Barbie Ferreira), une jeune critique de musique torontoise qui emménage à Montréal le temps d’un été pour écrire un livre sur l’album Jagged Little Pill d’Alanis Morissette. En réalité, il n’y a aucun lien entre les deux projets : Grace est une jeune Ontarienne qui romantise la culture du Mile End et vient y prendre une série de mauvaises décisions de vie.
Si le personnage de Madeleine n’est que périphérique au récit, il n’en demeure pas moins crucial ; elle est en quelque sorte la conscience de Grace, et, lorsque Madeleine se pointe le nez à l’écran, c’est souvent pour chicaner sa coloc.
Et le stress en aura valu la peine. Le film est drôle, nuancé, intelligent et, contrairement à la faune qui peuplait le Mile End à cette époque, ne se prend pas du tout au sérieux.
On s’étonne donc qu’il se soit écoulé presque trois ans avant qu’on ne la revoie dans un rôle important au grand écran. Où était donc passée Juliette?
Elle n’a pas chômé.
« J’ai auditionné pour Mile End Kicks en 2023, peu de temps après la parution des Chambres rouges. C’est un projet qui a pris un certain temps à se mettre en place et qui se déroule sur le temps d’un été, alors on a dû travailler autour des disponibilités de tout le monde avec cette contrainte-là », explique-t-elle.
Sur le plan personnel, Juliette a aussi profité de la dernière année pour divorcer avec sa consommation de cannabis, une habitude qu’elle traînait depuis un moment et qui lui mettait du plomb dans l’aile. « Ça a été un gros changement. Quand tu fumes du weed, tu penses que t’es là, mais tu l’es pas tant. Ça prenait plus de place que je croyais », admet-elle.
Nos chemins se séparent au coin Saint-Laurent et Maguire sous une bruine beaucoup plus clémente. Après l’avoir vue rayonner dans Les chambres rouges, j’étais convaincu que Juliette Gariépy serait parachutée dans une prestigieuse série HBO à l’intérieur des 12 mois suivants. Après notre entretien, je suis désormais convaincu, plus que jamais, qu’on la verra faire la pluie et le beau temps chez nos voisins du Sud, plus tôt que tard.
Aujourd’hui, le Mile End, demain le monde! Si Arcade Fire l’a fait, un talent comme Juliette peut le faire aussi.
Mile End Kicks prend l’affiche ce vendredi. Allez-y pour vous replonger dans un passé pas si lointain et admirer une actrice en pleine ascension.
Bien que les événements du film se déroulent en 2011, c’est tout l’esprit d’un mouvement et d’une sous-culture que le film parvient à faire revivre. Et même si elle n’y a pris part que quelques années plus tard, Juliette l’incarne à merveille. « Saint-Viateur, c’était un runway. Le Mile End, c’était un défilé de mode, une game qu’on jouait sans se l’avouer », explique l’actrice de 27 ans. « Les gars nous ignoraient quand on passait devant eux. Chaque rencontre devait avoir l’air spontanée. »
Pour Chandler Levack, il était important que cette dynamique sociale transparaisse à l’écran. Pour ce faire, les membres de la distribution ont passé plusieurs semaines à s’imprégner de la culture du quartier. Juliette a d’ailleurs rencontré Barbie Ferreira, l’actrice principale du film, lors d’un souper dans une véritable institution du quartier, le Nouveau Palais. « J’étais un peu stressée de la rencontrer. Euphoria faisait encore beaucoup parler en ligne. Elle parle super vite, en plus, avec l’accent portugais de New York. J’ai rien compris de ce qu’elle m’a dit ce soir-là. »
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Juliette a travaillé fort pour obtenir le rôle. Bien que Chandler Levack l’ait convoquée personnellement pour une audition, elle a dû naviguer l’incertitude pendant plusieurs semaines avant de finalement avoir une confirmation. « Ç’a été long. On a même dû avoir la conversation awkward où ils m’ont dit qu’ils passaient d’autres personnes en audition. Je le voulais, ce rôle-là. C’est ma ville, c’est une histoire qui me parle. C’était difficile de pas savoir », raconte la jeune femme originaire d’Outremont.
Ceci dit, les spectateurs vont soit aimer et apprécier la justesse de la représentation des joutes sociales et amoureuses propres à l’époque (ce qui est mon cas), soit détester le portrait un peu moqueur que dresse Levack des hipsters ou le fait qu’il s’agisse d’un film anglophone sur notre ville. « C’est un film sur Montréal, mais c’est pas un film québécois. C’est le regard d’une Ontarienne sur une sous-culture. C’est certain que ça va en prendre à rebrousse-poil », confirme Juliette.
Dans une autre vie, Juliette a été stagiaire chez URBANIA comme coordonnatrice de production. C’était quelques mois avant le tournage du long métrage Les chambres rouges de Pascal Plante, un rôle qui allait révéler son talent au grand public et lui valoir l’Iris de la révélation de l’année au Gala Québec Cinéma. Le film a même connu un certain succès aux États-Unis et généré un buzz en ligne, particulièrement auprès des communautés d’adeptes de films d’horreur et de true crime.
Si le rôle de la pirate informatique obsessive Kelly-Anne lui a valu une invitation à auditionner pour Mile End Kicks, il lui aura aussi valu une offre pour un rôle dans le film Play Dead, du réalisateur Jaume Collet-Serra (House of Wax, The Orphan, Unknown) – un projet n’ayant malheureusement pas encore trouvé de distributeur. Le tournage a eu lieu en Australie, les allées et venues ont donc été assez chronophages pour la jeune actrice.
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