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« Ouvrez vos sacs et attendez que le chien vienne le sentir avant d’avancer », lance dès l’entrée un agent de la SQ aux bras tatoués. Doux rappel qu’à la dernière victoire du PQ, en 2012, un fou furieux en robe de chambre avait tué un homme dans les coulisses du Métropolis.
Des membres du Groupe tactique d’intervention, véritables G.I. Joe full camo version SPVM, quadrillent les lieux. Sur scène, l’équipe de sécurité du parti, presque tous coiffés d’un buzzcut, redouble d’efforts dans une chorégraphie paranoïaque. Tout un déploiement pour accueillir une petite foule en fedora.
Les caméras, elles, terminent leurs cadrages et les animateurs commencent leur maquillage.
Pas de musique. Il est 16 h 15.
La soirée peut commencer.
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À mesure que les bureaux de vote se rapprochent de la fermeture, les fidèles de Paul St-Pierre Plamondon entrent au compte-goutte à l’Espace Saint-Denis. Dernier acte d’une course imprévisible, traversée par la méfiance et, avouons-le, rarement exaltante par l’envergure des idées mises sur la table.
Un concours de popularité gangrené par le cynisme de l’époque.
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Dehors, militants antifas, pro-Palestine et autochtones scandent : « La jeunesse emmerde le Parti québécois ». Détournement local du célèbre hymne des Bérus contre le Rassemblement national. Ça donne une idée du ton.
« Peu importe le résultat, ce gouvernement raciste ne représente pas les valeurs de mon Québec », confie un manifestant cagoulé.
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À l’intérieur, les premiers cocktails circulent déjà. Certains partisans ont revêtu leur plus bel attirail de camping à la sauce Saint-Jean-Baptiste. Chapeau de cowboy, hoodie René Lévesque, fleurdelisé sur les épaules, pancarte du OUI. Un t-shirt « I don’t speak English ».
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Toute une petite mythologie souverainiste réunie sous les néons bleutés. Un folklore qui a pris quelques rides, mais qui tient encore debout.
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Dans la salle, l’impatience enfle comme la rumeur d’un PQ majoritaire. A-t-il assez de souffle pour rafler les 64 sièges nécessaires ? Militants et journalistes attendent, fébriles, les premiers résultats.
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Entre deux résultats, on nous amène derrière le restaurant, dans une sorte de lounge/faux chalet/chambre d’hôtel, en petit groupe de photographes, pour immortaliser le chef du parti planté avec sa famille devant une télévision.
Les parents jouent le jeu. Les enfants, eux, ont l’air de se demander qui sont ces messieurs qui se battent autour d’eux avec leurs flashs.
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« Nous sommes arrivés à ce qui commence », lance l’animateur en citant Gaston Miron pour ouvrir la soirée et galvaniser les troupes.
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Quand les premiers résultats tombent, il n’en faut pas plus pour que la salle s’enflamme. Devant la scène, un groupe de jeunes convaincus hurle à chacune des victoires du parti. Chaque résultat nourrit le suivant.
Puis, vient l’annonce. Le PQ formera le prochain gouvernement.
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La joie atteint son paroxysme. 65 sièges. L’extase de la majorité. Des larmes. De longues étreintes. « Un raz-de-marée ! Enfin ! À nous, notre pays ! », lance quelqu’un, comme une prophétie déjà accomplie.
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Puis, les chiffres redescendent. 64. 63. 60. Coït interrompu. Mais coït, néanmoins.
Les montagnes russes de la soirée entament une longue accalmie.
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Dans la petite déception qui s’installe, la déroute de Bernard Drainville est accueillie par des huées glorieuses.
« Hey, hey, hey, good-bye ! », chante la meute à la manière d’un aréna.
Pendant le discours de Christine Fréchette, la foule scande des « Décâlisse » bien sentis. « Bon débarras », lance-t-on ensuite, tout en élégance. L’hécatombe annoncée pour la CAQ aura bel et bien eu lieu.
« La défaite, elle est la mienne », reconnaît Fréchette au micro.
Aucun siège. Une varlope délicieuse dont se régale la salle maintenant bondée.
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Daniel arbore un pendentif en forme de tête de mort chromée. L’ancien coach de Bruny Surin, tout sourire, vient de gagner son élection dans Camille-Laurin.
« Ungava ? C’est où, ça ? », me dit-il en riant.
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On confirme finalement un gouvernement minoritaire. La nouvelle tombe soudainement, sans grand éclat, comme une douche tiède.
S’ensuit essentiellement un watch party. Peu d’interaction sur scène, peu de moments forts. Le spectacle s’étire et finit par endormir.
« Crisse, on a gagné ! », lance Jérémy, venu de Granby pour fêter le parti pour lequel il a fait du porte-à-porte. « Une ambiance de défaite, ben voyons donc ! »
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QS s’en tire. Neuf députés élus. Une victoire, donc. Mais aussi le plus faible total de votes des cinq partis représentés à l’Assemblée. La magie du scrutin.
Alors que Ruba Ghazal prononce son discours, la salle l’enterre en entonnant : « Gens du pays, c’est votre tour, de vous laisser parler d’amour ».
L’amour.
C’est peut-être là, justement, que se trouve l’un des écueils du PQ. Sa difficulté à porter cette chose-là. Parce qu’il y a un mur à faire tomber entre le Parti québécois et ceux qui ne se reconnaissent plus dans le grand projet souverainiste.
Un mur de discours, surtout.
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Malgré les sondages favorables, j’ai entendu plusieurs fois, au cours des dernières semaines, cette même phrase, lancée avec un mélange de déception et de lassitude :
« J’ai été souverainiste toute ma vie. Longtemps péquiste. Mais pus là. »
Entre électoralisme et crispation identitaire, le PQ s’est transformé au gré du zeitgeist social. Comme ailleurs en Occident, le vieux clivage gauche-droite semble, ici aussi, glisser vers quelque chose de plus trouble. Quelque chose comme un populisme d’impuissance, qui prend racine dans le sentiment de subir plutôt que d’agir.
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On le sait, PSPP n’est pas cool comme, disons, Mamdani. Et je ne crois pas qu’il faille l’être pour bien diriger une province. Mais pour aspirer à fonder un pays, peut-être un peu.
Il faut charmer. Rassembler. Partager ses ambitions jusqu’à ce qu’elles finissent par percoler chez ceux qui, au départ, n’y croient pas pantoute. Il faut donner envie du pays avant de demander d’y croire.
Faut commencer par mettre moins de Loco Locass dans la playlist.
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Parmi les grands perdants de cet automne, outre la CAQ qui disparaît, il y a, bien sûr, l’environnement, encore et toujours relégué aux marges d’une campagne, alors que l’ombre qu’il projette sur tout le reste ne cesse de s’étendre.
De notre vivant, connaîtrons-nous une campagne où son urgence sera au centre du débat ?
« Faudrait qu’on en parle plus, mais tsé », philosophe Louis-Éric de Chambly, en descendant une canette de rousse.
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L’effet Primeau n’aura finalement pas produit la grosse note espérée. Farnell, lui, s’est fait coiffer par QS. Une surprise ? Quand même zinzin de voir le producteur de Star Académie battre Cliche-Rivard dans Saint-Henri–Sainte-Anne. Et Verdun mettre au pouvoir Charest junior.
En revanche, les grands gagnants sont le PQ et, avec lui, la question brûlante du pays.
Souvenons-nous qu’il était encore moribond il y a quelques années à peine. En 2022, le parti touchait le fond, à 10 % dans certains sondages. Le voir prendre les rênes avec un projet aussi vertigineux que controversé relève du tour de force.
Une fois de plus, on perçoit à quel point le vote québ’ est une girouette volatile.
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Dans le même mouvement, Éric Duhaime et ses 18 députés peuvent eux aussi lever le poing de la victoire. Ils marcheront à Québec la tête haute, au grand dam de leurs haters.
« Ce soir, l’espoir renaît au Québec », lance, triomphant, le préféré de Guillaume Lemay-Thivierge.
Reste à voir ce que cet élan conservateur annonce pour la suite.
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Enfin, il apparaît. Le septième premier ministre péquiste est accueilli dans un tonnerre d’applaudissements, rehaussé par une étrange musique électronique.
Son arrivée, elle, est d’une lenteur spectaculaire, ralentie par une foule qui veut tous un morceau du héros.
« C’est grâce à lui. C’est tellement grâce à lui », lancent deux gars en veston brun qui n’arrêtent pas de sauter, éblouis et à court de mots.
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Un discours tout en humilité. PSPP est visiblement ému, fatigué, mais éloquent dans une tendresse qu’on lui prête moins. Il cite à son tour Miron :
« Ça ne pourra pas toujours ne pas arriver. »
La partisane en maillot des Nordiques « Plamondon » dans le dos semble ravie.
En retrait, PKP fait une apparition éclair et vient se planter direct dans ma shot.
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De grands défis attendent le nouveau gouvernement. À commencer par prendre les rênes d’un Québec pas top shape.
Ensuite, une tâche plus symbolique : renouer avec les Québécois non francophones, ceux issus de l’immigration ou simplement marginalisés. Bref, avec tous ceux et celles qui ont pu se sentir relégués au rang de citoyens de seconde zone par le virage nationaliste identitaire du PQ.
Encore plus quand ton slogan est « Le choix de la confiance ».
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La salle se vide. Le staff ramasse les canettes. On nous invite à prendre notre temps. Faudrait surtout pas froisser les journalistes avant leur publication.
Malgré tout cet enthousiasme, une crainte me reste. Que le climat pourri des dernières semaines ne s’attendrisse pas avec les gagnants de la soirée. Au contraire, le shitshow ne fait probablement que commencer.
Les drapeaux sont pliés, les micros débranchés. Après le vacarme, le silence retombe. Demain, il faudra se mettre au boulot.
Je me suis souvent demandé comment on s’endort, au soir d’une élection, une fois la lampe de chevet éteinte.
À quoi rêve-t-on, cette première nuit au pouvoir ?