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Mon seul objectif était de prendre un selfie avec Freddy Krueger.
Le Comiccon de Montréal présentait en fin de semaine sa 16e édition et c’est d’abord la présence du légendaire Robert Englund qui m’a convaincu d’y aller. Ça et l’air climatisé du Palais des congrès pendant qu’à Montréal, nos températures n’avaient rien à envier à l’Europe.
Ce n’est pas la première fois que je couvre la grande messe des geeks. L’enthousiasme des cosplayers et des adeptes de super-héros a quelque chose de rassurant dans un monde en perte de sens. J’ai eu mes années de gaming aussi et j’écoute la musique de Final Fantasy en rédigeant ce reportage.
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À la radio, j’ai déjà chialé contre les tarifs exorbitants pour accéder à ce qui est essentiellement un gros marché aux puces pour nerds ou pour l’autographe d’un acteur qui a joué dans ton film préféré en 1986.
Mais cette fois, j’ai laissé ma mauvaise foi à la maison pour me laisser entraîner dans le ventre du Comiccon.
J’ai eu une passe gratuite aussi.
Vendredi, j’arrive juste à temps pour la cérémonie d’ouverture, qui a lieu dans la salle de conférence principale.
Sachant qu’on attend une foule record (environ 67 000 personnes), j’ai fait mes devoirs en sélectionnant d’avance les trucs que je veux voir durant le week-end.
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Parmi les vedettes, il y a — outre Robert Englund — Ron Perlman (Hellboy), Elizabeth Tulloch (Grimm), Tom Welling (Smallville), Robert Patrick (Terminator 2), ainsi que Lea Thompson et Christopher Lloyd de Back to the Future. Et ça, c’est sans compter une foule de bédéistes de renoms (d’ici et d’ailleurs), des acteurs de doublage et une couple de vieux lutteurs.
Je croise la prometteuse Marianne Dépelteau de Radio-Canada.
En bon boomer, je suis surpris qu’elle sache qui est Christopher Lloyd.
⎯ J’ai fait un « retour vers le futur » pour le savoir !
Bien joué.
J’entre dans la grande salle au son de la trame sonore de Jurassic Park. J’ai déjà entendu deux blagues de Multipass, ça commence raide. Le porte-parole, Jason Rockman (Slaves on Dope), et le directeur de la programmation, Cliff Caporale, font le sommaire de l’édition, avant de présenter un extrait du spectacle Echo du Cirque du Soleil.
Ça jongle, ça se contorsionne, ça impressionne.
« Les vraies vedettes du Comiccon, ce sont les cosplayers », affirme avec aplomb Jason Rockman, même si toute la salle attend impatiemment l’échantillon de célébrités devant assister à la cérémonie.
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Justement, les voilà qui débarquent sur scène. Leur cote d’amour se reflète par les acclamations du public. Il y a l’actrice Katie Griffin (la voix de Sailor Mars), Chris Noth (M. Big de Sex in the city), Giancarlo Esposito (The Mandalorian et Breaking Bad), puis les deux Robert (Patrick et Englund), qui se méritent les applaudissements les plus nourris.
Visiblement à l’aise avec des objets tranchants, Robert Englund est désigné pour couper le ruban et donner le coup d’envoi à l’événement. Tout ce beau monde disparaît ensuite derrière un rideau sous les ovations.
Comme je suis une personne tenace (et en mission), je traverse subtilement le rideau rouge en dissimulant ma cocarde média.
Ma ressemblance avec Orlando Bloom dans Lord of the rings devrait m’être utile. Ça fonctionne, je me ramasse en coulisses, où le porte-parole enchaîne quelques entrevues avec les têtes d’affiche.
Robert Englund est là, debout devant une chaise réservée à son nom. Je m’approche en tendant une main qu’il serre.
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Le gars qui l’accompagne me dévisage et l’entraîne vers la sortie en comprenant que je ne suis pas censé être là.
Mais nous nous reverrons, Robert Englund. Oh oui, nous nous reverrons (que je marmonne, déterminé, avec les yeux plissés).
En attendant, je me rabats sur un Robert de consolation, soit Robert Patrick, qui traîne seul dans son coin en attendant que ça soit son tour de donner une entrevue. Sympathique, le T-1000 me déclare son amour pour notre ville, qu’il qualifie de « little Paris ». « C’est le seul événement où les vrais fans et les artistes peuvent coexister », Robert Patrick, qui assure ne pas être tanné qu’on lui parle de Terminator.
« On me parle aussi beaucoup de X-Files, Sons of Anarchy et Tulsa King », mentionne l’acteur américain. Personnellement, je l’ai particulièrement aimé dans Walk the Line.
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Je flâne dans l’immense salle d’exposition de 200 000 pieds carrés.
Cartes en tous genres (Pokémon et autres), posters, sabres laser, figurines Funko Pop !, illustrations, zone de jeux vidéos, arènes de combats, trucs ésotériques, objets de collection : si leur portefeuille le permet, c’est Noël pour les fans.
Selon moi, le clou de l’événement est effectivement de contempler les cosplayers, dont plusieurs consacrent beaucoup (beaucoup) d’énergie à leur costume.
Les costumes reflètent souvent les tendances. Beaucoup de personnages de Marvel et DC Comics, mais aussi des icônes de slashers. Je comprends que Pixar vient de sortir un nouveau Toy Story, mais j’espère que ce couple croisé déguisé en Jessie et Woody ne s’est pas fait sacrer une volée.
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Dans le coin des bédéistes, je tente d’attraper mon ami Jeik Dion (Aliss, Turbo Kid), en vain, puisqu’il est constamment sollicité.
Défait, je monte au septième étage, consacré aux rencontres entre les vedettes et leurs fans, à condition que ces derniers puissent se le payer. Les prix et la longueur des files varient selon la popularité des invités.
Un autographe de Robert Englund, c’est 200 $. Pour 20 $ de plus, on peut prendre un selfie à son kiosque. Les autres vedettes sont un peu moins chères, sauf Christopher Lloyd, qui charge 305 $ pour une photo en sa compagnie devant la DeLorean de Back to the Future.
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Mission oblige, j’essaie de me rapprocher de Robert Englund, derrière sa table au bout d’une file. Des bénévoles veillent à ce qu’on ne prenne pas de photos en catimini. Toujours à l’affût, son agente freine mon élan.
⎯ Tu dois passer par la PR du Comiccon.
⎯ Je l’ai fait, mais elle m’a dit qu’elle verrait avec vous, alors je me suis dit que j’allais me présenter directement. J’ai juste besoin de cinq minutes…
⎯ Non, il faut passer par les PR… ou payer pour un autographe.
L’agente, affublée d’un air bête de niveau olympique, est intransigeante, même si Robert Englund était pratiquement seul à sa table à mon passage. J’envoie un nouveau texto à la PR du Comiccon, qui me confirme que l’acteur ne donne aucune entrevue, sauf celles accordées avant l’événement.
Fuck, ma mission est en péril.
Je repars bredouille, en me rabattant sur Dave et Anna, un couple de Québécois qui vient de lui faire signer une brouette de cossins, dont un gant de Freddy se terminant par des seringues comme dans A Nightmare on Elm Street 3 : Dream Warriors.
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« On paye cher, mais ça en vaut la peine. M. Englund est un héros d’enfance », confie Dave, soulignant par la bande que Montréal n’a rien à envier aux autres conventions.
En quittant la salle d’autographes, je passe devant la table réservée à Kane Hodder, celui qui a le plus souvent personnifié le célèbre tueur au masque de gardien de but de la franchise Friday the 13th. Si je ne parviens pas à avoir une photo avec Freddy, je peux bien me contenter de Jason.
Je fais ensuite une escale au cinquième étage, où l’on présente les conférences et Q&A avec les artistes.
Celle en cours s’intitule « Godzilla!!! : une introduction à l’histoire du roi des monstres ». Présenté par trois experts du kaijū, on apprend une foule de choses intéressantes (oui, Godzilla est d’abord une métaphore pour la bombe nucléaire), en survolant les 38 films de la franchise à travers quatre époques. « On veut montrer, aujourd’hui, que c’est pas juste des films de gros monstres qui smashent des villes », souligne Francis Bédard, un des panélistes.
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Je suis convaincu. Je sors de là en me disant que je dois me taper d’urgence l’original de 1954. Mais pas avant mon derby nostalgique de la franchise A Nightmare on Elm Street entrepris la veille (j’en suis au quatrième au moment d’envoyer ces lignes).
Avant de sortir du Palais des congrès, je pique une jasette avec le mythique Gilles Lefebvre — aka Capitaine Québec —, qui a enfilé des griffes à la Wolverine pour l’occasion.
⎯ Pis, on va-tu se séparer bientôt ?
⎯ Je pense pas que ça se produira de mon vivant.
Méchant party pooper, ce Capitaine Québec…
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« Il y aurait un photo op de Christopher Lloyd devant la DeLorean, ça te dit ? »
Je reçois le texto de la PR du Comiccon pendant que je suis en bus vers le Palais des congrès pour la deuxième journée.
Mets-en que ça me dit ! Tant qu’à pas avoir Robert Englund, aussi bien ramener un souvenir avec le docteur Emmett Brown, l’autre gros nom de la convention.
Fun fact : M. Lloyd, aujourd’hui âgé de 87 ans, avait deux ans de moins que moi la première fois qu’il a enfilé le sarrau de son personnage le plus célèbre, au milieu des années 1980.
Rien pour me réconcilier de travailler chez URBANIA avec une gang de jeunes nés au tournant du millénaire. Pour ces morveux, Les Chroniques de Narnia est sûrement considéré comme un film vintage. Je les déteste.
À l’heure du rendez-vous, quelques photographes et blogueurs font déjà le pied de grue devant une réplique de la célèbre DeLorean. Les événements qui suivent sont assez surréalistes.
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Devant le kiosque est aménagé un petit enclos réservé aux médias et destiné à maintenir le public à l’écart. Ensuite, des porte-parole du Comiccon, agents de sécurité et représentants de l’artiste visiblement sur le gros nerf, veulent s’assurer qu’on se comporte bien. On nous demande de ne pas l’approcher, de ne pas le brusquer, de ne pas lui parler, de ne pas filmer, bref de prendre nos photos en silence et de décrisser. « On n’aura pas plus que deux minutes, et attendez qu’il soit installé avec son meilleur profil avant de prendre vos photos. Il a quand même un certain âge », nous exhorte-t-on.
Mes « collègues » obtempèrent à ces consignes débiles, terrorisés à l’idée de perdre ce privilège incroyable : celui de faire leur travail. À en juger par l’attitude de l’agente de Robert Englund, pas mal sûr que toutes ces directives ne proviennent pas pantoute de Christopher Lloyd.
Le ridicule atteint toutefois son apogée lorsqu’on nous demande de nous mettre de dos (oui, oui), sous prétexte de ne pas l’intimider pendant qu’il s’installe. Mes « collègues » s’exécutent sans hésiter, pendant que je ronchonne en disant n’avoir jamais rien vu de tel en 25 ans de journalisme.
Près de moi, un photographe me jette même un regard noir signifiant « ta-yeule-sinon-y-viendra-pas ».
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Enfin, l’acteur s’amène en saluant la foule qui l’applaudit (et n’a visiblement pas reçu la consigne de se tourner). Alors qu’il s’installe devant le char, on nous dit qu’on peut (enfin) se virer de bord. Dix secondes (maximum) plus tard, le power trip se poursuit.
« OK, c’est assez, on fly », nous ordonne-t-on. À partir de là, fallait payer 300 $ pour avoir une photo avec lui devant la voiture.
Pour me changer les idées, je m’engouffre dans une salle bondée du cinquième, où Wallace Shawn (The Princess Bride) répond aux questions du public avec une grande générosité.
Le public pouvait même le regarder de face.
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Sauf pour ce moment très étrange, je passe, somme toute, une très belle fin de semaine. Dans le grand hall, au deuxième étage, les cosplayers se prêtent au jeu et enchaînent les photos avec les visiteurs. Tout le monde a un sourire étampé dans la face, écarquille des yeux en voyant un R2-D2 version disco ou une parade de Stormtroopers improvisée par la 501e légion.
Malgré tout, je me dis qu’une photo avec Freddy serait parfaite pour couronner le tout. Même si on m’a répété que ça serait impossible, je monte une dernière fois au septième, où Robert Englund signe encore des autographes. Au pire, Jason, son ennemi juré, est peut-être disponible.
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Le colosse Kane Hodder est effectivement près de sa table, en train de se promener avec une tarentule sur l’épaule (oui, oui), une idée bizarre d’un fan. L’acteur se rend avec l’arachnide jusqu’à Robert Englund, qui raconte à l’auditoire incrédule avoir guéri sa phobie des bibittes (les serpents surtout) en tournant dans des films d’horreur.
Je profite du momentum pour m’approcher de Robert Englund. L’agente me spot et me chicane.
⎯ Je t’ai dit qu’il donnait pas d’entrevues, se lamente-t-elle en textant la PR du Comiccon, sans doute pour lui dire que je suis le pire des humains.
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Je fais quand même mon pitch à Robert Englund, qui m’accorde gentiment une entrevue. Si gentiment, qu’on dirait qu’il ne comprend pas trop pourquoi son agente refuse.
L’acteur me résume son coup de foudre avec Montréal, né lors de ses premières visites dans les années 1960, mais surtout il y a une vingtaine d’années durant le tournage du téléfilm canadien Black Swarm.
« J’adore le contraste entre le vieux et le moderne. Montréal est une ville idéale pour la marche », raconte Robert Englund, toujours en forme à l’aube de ses 80 balais, malgré quelques problèmes d’arthrite. Sinon, il joue encore. D’ailleurs, il incarne la voix de Criquet dans le film d’horreur Pinocchio Unstrung, qui prendra l’affiche dans quelques semaines.
Ah ! et son restaurant favori à Montréal est le Garde Manger.
Je lui présente rapidement mon fils, puis demande la permission de prendre une photo. L’acteur accepte sans broncher.
Mission accomplie.
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Victorieux, je souris à son agente, qui me répond avec une baboune.
Je quitte le Palais des congrès, heureux d’avoir rencontré une de mes idoles de jeunesse.
Le Comiccon est devenu, au fil du temps, un événement culturel incontournable, et il devrait apprendre à composer avec les requêtes médiatiques (surtout l’accès aux invités d’honneur), comme c’est le cas dans tous les autres festivals d’envergure.
D’ici là, ma photo avec Robert Englund est mon nouveau fond d’écran.