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Anecdotes, moments de coulisse, gestion de crise : tout au long de la campagne électorale, Alice Morel-Michaud propose des portraits des gens qui demeurent dans l’ombre des chefs, tout en regardant la politique à hauteur humaine.
Élodie Masson a l’impression d’être en campagne électorale depuis janvier. Mais pas ce matin : elle a dû reprendre ses accès gouvernementaux pour préparer la première ministre sortante à réagir à l’entrée en vigueur des contre-tarifs du gouvernement Carney.
L’espace de quelques heures, Élodie a repris ses fonctions d’attachée de presse pour l’aspirante première ministre.
Tout juste avant 8 h, Christine Fréchette a déclaré aux médias : « Je vais me tenir debout pour le Québec ». Dans les minutes précédant cette sortie, Élodie multipliait les retours entre la salle de breffage et le hall de l’édifice Honoré-Mercier, où les médias attendaient Christine Fréchette. En raison d’un problème de son, la conférence de presse a débuté en retard, ce qu’Élodie déteste. En plus de préparer l’aspirante première ministre aux questions anticipées des journalistes, la jeune femme doit faire le relai avec l’équipe des médias sociaux. Tout au long de la conférence, Élodie observe le ton et l’attitude de madame Fréchette : la livraison du message doit être bien sentie.
Élodie travaille avec Christine Fréchette depuis un an. En douze mois, elle est passée du rôle d’attachée de presse d’une ministre à une position centrale dans l’autobus de campagne de la cheffe de la Coalition avenir Québec.
Pour elle, cette campagne s’inscrit en continuité avec la course à la chefferie entamée en janvier. Depuis, le rythme est effréné. « Je pense que c’est vraiment à son image. Elle veut que les choses bougent vite. Elle veut voir des changements. C’est pour ça qu’on avance à ce rythme-là. »
Élodie décrit sa relation avec la première ministre sortante comme étant mutuelle et bénéfique.
« En moins d’un an, il y a eu de grands changements, mais je pense que j’ai pris de bonnes décisions pour moi. Je me suis fait confiance, puis elle aussi, elle me fait confiance. On a développé une belle relation, parce que, pour elle aussi, la dernière année a passé très vite. On a vécu beaucoup de choses au cours de la dernière année, c’est sûr. »
En huit mois, il y a eu beaucoup de hauts et quelques moments plus difficiles aussi. La veille de notre entretien, l’équipe de Christine Fréchette a visité Kinova, une entreprise qui fabrique des bras robotiques pour les personnes en situation de handicap. En voyant l’impact concret de cette technologie, qui redonne de la dignité aux gens,madame Fréchette a été émue aux larmes. « Je lui dis tout le temps que sa vulnérabilité, c’est une force », me confie Élodie. À ce sujet, l’attachée de presse se remémore une rencontre particulièrement émouvante avec les parents d’Antoine Forest, le jeune pilote d’Air Canada décédé ce printemps. C’était tout juste après une période de questions. Pour retourner dans leurs bureaux, pas moyen d’échapper aux journalistes. Dans l’ascenseur, Christine essuie ses larmes : « Tout le monde va penser que ma période de questions s’est mal passée », aurait-elle glissé à Élodie. Cette dernière l’a ensuite vu prendre une profonde inspiration et redevenir une « force tranquille ».
Élodie se réjouit que les Québécois apprennent à connaître cette femme avec qui elle entretient une relation de proximité depuis près d’un an : « Les gens l’appellent Christine ». D’ailleurs, Élodie ne nie pas que sa patronne souffrait d’un déficit de notoriété au moment de prendre les rênes de la CAQ. Elle croit toutefois qu’une seule rencontre avec madame Fréchette suffit pour être charmé par la politicienne et la femme.
Malgré le rôle de cheffe d’État que Christine Fréchette a dû endosser le matin de notre entretien, le reste de la journée se déroule comme n’importe quelle autre journée de campagne électorale : conférence de presse, questions des journalistes, et on reprend la route.
« Je te dirais que ce n’était pas une grosse journée comparée à d’autres. »
La veille, l’équipe a appris, en même temps que le reste du Québec, que Trump compte boycotter Bombardier via une notification sur leurs téléphones. Aussitôt, Élodie rédige un communiqué, approuvé par madame Fréchette après un appel avec Éric Martel, PDG de Bombardier. Le retour des tarifs dans l’actualité est un couteau à double tranchant : il permet aux Québécois de voir leur cheffe en action, mais détourne l’attention de ses autres propositions. « On se fait accuser de sans cesse remettre le narratif sur les tarifs. Nous, on fait des conférences de presse sur plusieurs autres enjeux, mais les questions qu’on se fait poser portent essentiellement sur les tarifs », déplore Élodie. En plus de préparer des réactions sur des enjeux internationaux, l’équipe de Christine Fréchette doit réagir aux attaques des autres partis et trouver du temps pour préparer la cheffe aux débats à venir.
Élodie est cependant loin d’être la seule à découvrir l’intensité d’une campagne électorale : la majorité de l’équipe de l’autobus de la cheffe en est aussi à sa première expérience. Elle la vit à fond, ensemble. Le soir, avant ou après les événements militants et les breffages pour le lendemain, l’équipe se rejoint pour souper, avec leurs ordis. Le matin, entre 4 h 30 et 5 h, les conversations de groupe s’activent. L’équipe alterne entre la radio, la télé et les journaux pour passer à travers leur veille médiatique et anticiper les questions des journalistes, qu’Élodie reçoit aux alentours de 6 h 30.
Sur la route, l’équipe prend rarement le temps de s’arrêter : impossible de risquer les retards causés par les poignées de main que suscite la soudaine popularité de madame Fréchette.
Mais ce jour-là, dans le coin de Louiseville, l’équipe prend le temps de s’arrêter pour une crème glacée, à la demande de Christine Fréchette elle-même. Suite à notre entretien, Élodie m’envoie une photo prise à la halte routière. D’un coup d’œil rapide, impossible de deviner qui est la politicienne et qui sont les membres de son équipe. Tous sourient avec la même légèreté.
Christine Fréchette invite ensuite toute l’équipe de l’autobus à souper dans un restaurant indien en face de l’hôtel. Son mari et son fils rejoindront la bande. Ce sera un vrai souper de famille. Ce soir, l’ordi d’Élodie restera fermé.