¡Vamos Torito! La fièvre mexicaine gagne Montréal
Photo : Jean Bourbeau, URBANIA

¡Vamos Torito! La fièvre mexicaine gagne Montréal

Comment les partisans d’Isaac del Toro ont enflammé les championnats du monde.

28 septembre 2026
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N’en déplaise à Soraya, Montréal fut complètement cycliste au cours de la dernière semaine. Et hier, après huit jours spectaculaires sous un soleil clément se concluait la grande messe du vélo mondial avec la course sur route des hommes.

Si la grande favorite chez les femmes, la Néerlandaise Demi Vollering, l’a emporté la veille, l’épreuve masculine était privée de ses deux monstres, Tadej et Jonas, numéros un et deux depuis des années, tous deux blessés. De quoi ouvrir la course au reste du gratin. Remco, Wout, MVDP ou encore Paul Seixas, 20 ans à peine, nouveau prodige français chargé, comme tous les messies du pays avant lui, de rendre au cyclisme hexagonal sa grandeur passée.

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Bref, beaucoup d’Européens. Des noms qu’on connaît. Puis, au milieu de tout ça, Isaac del Toro.

Pas exactement un inconnu sorti de nulle part, vous me direz. Le coureur a terminé troisième au dernier Tour de France et, quelques jours plus tôt, a remporté le Grand Prix Cycliste de Montréal sur cette même bosse, devenant à 22 ans le plus jeune vainqueur de l’épreuve depuis sa création en 2010.

Surnommé El Torito, le petit taureau, il s’est rapidement imposé chez les indomptables UAE comme l’un des domestiques les plus précieux du roi Pogačar, aux côtés de Brandon McNulty, et surtout comme une vedette capable d’exister en dehors de son ombre. Sa progression tient presque de l’anomalie. Professionnel depuis 2024, il ne lui aura fallu que quelques saisons pour se hisser parmi les meilleurs coureurs au monde.

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Mais, au-delà de sa combativité et de sa polyvalence, c’est son passeport qui détonne sur une ligne de départ remplie de Belges, de Français et d’Italiens.

Del Toro est Mexicain.

Un pays immense, à cheval entre l’Amérique latine et l’Amérique du Nord, fou de soccer, de boxe et de lucha libre, mais qui n’a jamais vraiment pesé lourd sur l’échiquier du cyclisme mondial. Et voilà qu’un jeune poulain débarque à Montréal avec l’intention de monter sur la plus haute marche du podium. Il n’en fallait pas plus pour que le vert, blanc et rouge s’invite à napper le mont Royal.

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Ils étaient des milliers à s’être déplacés de partout pour voir les meilleurs cyclistes s’exploser les jambes sur plus de 270 kilomètres dans l’espoir de repartir avec le maillot arc-en-ciel. Et dans cette foule venue des quatre coins du monde, une nation remportait haut la main la bataille des partisans. Les Mexicains se démarquaient.

On les repérait de loin. Un sombrero ici. Un masque de luchador là. Maracas, musique ranchera, cornes dans les cheveux, aigles mexicains déployés sur les barrières, maillots de la sélection nationale. Du Sud-Ouest à l’avenue du Parc, de Camillien-Houde au belvédère, ils étaient partout.

Et chaque apparition du dossard 86 déclenchait le même cri flûté.

¡Vamos Torito !

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Donaldo et Alfredo ont fait le trajet depuis Toronto pour voir leur nouvelle coqueluche du peloton.

« On a enfin quelqu’un à suivre, quelqu’un en qui se reconnaître », se réjouit Donaldo.

« Chaque fois qu’un athlète mexicain connaît du succès, c’est assuré que les foules seront là », renchérit Alfredo.

Un patriotisme sportif bien ancré, donc, mais qui trouve cette fois un terrain plutôt neuf. Le cyclisme, admet Alfredo, n’a jamais vraiment fait partie des sports de sa génération.

Del Toro, croit-il, est en train de changer ça.

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Lizzeth, Montréalais d’adoption, y voit surtout une inspiration pour les plus jeunes, nombreux sur les flancs du parcours. Et puis, comme presque tous les Mexicains rencontrés sur la montagne, del Toro évoque quelque chose de beaucoup plus simple. Le plaisir de venir encourager l’un des leurs.

Pour certains, l’effet del Toro va déjà plus loin.

À 18 ans, Santiago Moreno et Omar Andrade font partie de la sélection nationale junior. Eux aussi ont roulé sur ce parcours qu’ils décrivent comme extrêmement difficile. Mais ce qu’ils retiennent surtout de Montréal, c’est tout cet amour reçu à des milliers de kilomètres de chez eux.

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Et si del Toro donne soudain au Mexique une raison de s’intéresser au cyclisme, il offre à ceux qui le pratiquent une idée de jusqu’où ils peuvent aller. Voir leur compatriote se mesurer aux meilleurs leur donne surtout de l’ambition.

Pendant ce temps, la course bat son plein. Les tours passent et le peloton rétrécit. À chaque montée, quelques coureurs disparaissent.

On attend longtemps, on entend d’abord les hélicoptères, puis les motos, et soudain, ce qu’il reste du peloton surgit. Quelques secondes de roues et de cris.

¡Vamos Torito !

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Gabriela est venue coiffée de tlacoyales, ces longues parures de laine colorée héritées des traditions autochtones d’Oaxaca. Elle aussi se réjouit de cette nouvelle ferveur.

« Chaque fois que la communauté mexicaine a l’occasion de se retrouver, c’est agréable de se sentir unie autour d’une figure connue. »

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Selon elle, la journée raconte une façon de prendre part à la culture locale sans laisser la sienne au vestiaire. Autour d’elle, les drapeaux mexicains se mêlent aux maillots érythréens, colombiens, canadiens. « On vient voir une course et, pendant quelques heures, chacun apporte un petit bout de son pays. »

Chico, lui, a carrément pris l’avion depuis Chicago. Grand amateur de cyclisme, il est venu seul avant de se greffer à un groupe de compatriotes avec qui il a passé la fin de semaine à profiter de Montréal.

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« C’est juste du fun. Notre pays a parfois une mauvaise réputation à l’étranger. Les gens lisent beaucoup d’horreurs sur lui, alors que le sport est très présent dans notre quotidien. C’est bon de voir cette image-là passer nos frontières. »

Puis, les motos reviennent. Cette fois, le groupe est encore plus petit, mais del Toro est toujours là.

À mesure que les kilomètres s’accumulent, les équipiers disparaissent, les stratégies se fragilisent et les favoris se retrouvent seuls avec leur vélo. Del Toro résiste aux attaques. Mieux, il participe au forcing dans le groupe de tête et refuse de laisser la course lui échapper.

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Mais, à deux tours de l’arrivée, son coéquipier habituel Brandon McNulty fausse compagnie au groupe. Le natif de Phoenix creuse un écart que personne ne parvient à combler.

Nombreux et disciplinés toute la journée, longtemps tapis dans les roues des favoris, les Américains mettent les ego de côté et courent en bloc pour porter l’un des leurs au sommet.

Dix ans après son sacre au Tour de l’Abitibi, Brandon McNulty devient champion du monde à Montréal.

Del Toro arrive quatorze secondes plus tard. Cinquième. Une seconde seulement le sépare du podium.

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J’ai patiemment attendu del Toro dans le couloir des médias. Il n’est jamais venu. J’ai appris plus tard qu’un peu plus loin, le petit taureau pleurait, effondré au sol.

Pour les dizaines de Mexicains massés autour de la ligne d’arrivée, sa journée avait tout d’une consécration. Alors que les autres supporters quittaient la montagne, ses partisans, eux, attendaient toujours leur champion. Ils étaient encore nombreux massés derrière les barrières, drapeaux en l’air, dans cette fébrilité désordonnée qu’on réserve d’habitude aux vedettes de rock.

J’apprendrai plus tard qu’El Torito a finalement rejoint ses partisans, s’offrant un petit bain de foule dans la cohue des cris.

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L’histoire dépasse maintenant del Toro. Le cyclisme mexicain commence à bouger autour de lui. Cette semaine, on apprenait qu’en 2029, le Mexique accueillerait, à Atlixco, son premier Championnat du monde de cyclisme, avec l’épreuve de vélo de montagne. Le retour du Tour du Mexique est également en préparation.

Pour Santiago et Omar, comme pour tous les cyclistes du pays, tout cela signifie qu’il existe désormais quelque chose qui n’existait pas tout à fait avant eux. Une fierté, mais aussi un chemin.

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Et pour ceux qui étaient sur la montagne hier, une raison de continuer à chanter.

¡México-México-México !

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