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Un vendredi soir cet hiver, j’ai participé à un set carré à La Toscadura, sur le boulevard Saint-Laurent. L’événement ressemblait à une fusion entre un party du Nouvel An traditionnel en région et un party étudiant du Mile-End.
On entend souvent dire que la musique trad québécoise connaît un regain de popularité chez les jeunes. Lina Halimi, organisatrice de la soirée, le confirme : « Le social dancing, c’est vraiment ce dont on a besoin en ce moment avec tout ce qui se passe. »
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Le calleur de la soirée, Ghislain « Gigi » Jutras, témoigne aussi aux premières loges de cette popularité grandissante : « Le dernier gros boom du trad, au Québec, c’était dans les années 1970. Quand je parle avec des calleurs ou calleuses de la génération avant moi, ils me disent que ce qu’ils observent aujourd’hui, ça leur rappelle ces années-là, mais avec encore plus de ferveur. »
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Gigi est calleur à temps plein depuis maintenant trois ans. Selon lui, c’est la hausse en popularité des événements traditionnels qui lui permet, dorénavant, de vivre de sa passion. Il parcourt les routes, de l’Abitibi aux Îles-de-la-Madeleine en passant par les Maritimes, et prépare même une tournée en France afin d’animer et faire danser les foules sur des fiddle tunes.
Les gens sont souriants, parfois un peu pompettes, toujours prêts à se donner corps et âme sur la piste. Adam, un ami du band venu d’Ontario, me dévoile sa réserve secrète : une bouteille de sirop d’érable québécois remplie d’un liquide sirupeux, certes, mais non pas sucré. Ça sent le whisky. « T’en veux? » me demande-t-il avec son accent.
Sur le dancefloor, il fait tourner sa compagne avec dévotion.
Sophie Cleff, une enseignante de musique venue danser ce soir-là, estime que : « La communauté queer est en train de réclamer l’esthétique du Wild West. » Selon elle, cet univers, longtemps perçu comme ayant une « esthétique hypermasculine », est aujourd’hui réapproprié par les communautés marginalisées.
La mixité est de mise. L’événement est intergénérationnel, queer, 100 % inclusif. À l’entrée, aucun code vestimentaire, alors j’assiste à un mélange improbable entre la mode typique du Mile-End et l’esthétique traditionnelle pure et dure. Jupes tartan, bottes de cuir, chapeaux de trappeur, minijupes, etc.
Ce soir, la frontière entre le public et les artistes n’existe pas vraiment. Gigi descend constamment de la scène pour se fondre aux danseur.euse.s tout en continuant de les guider au rythme de la musique, les figures s’enchaînent : la plongeuse, le brandy ou le swing. Si, dans le Québec d’antan, les figures de danse de set carré se pratiquaient majoritairement entre un homme et une femme, c’est désormais chose du passé. Ici, du moins.
Il fait chaud ; la sueur coule sur les visages, mais l’énergie se maintient. Sur la piste, des inconnu.es tentent de se coordonner, d’autres en profitent pour reprendre leur souffle.
Des gens qui ne se connaissaient pas finissent par passer la soirée ensemble, quittant les lieux avec l’air de bon.ne.s chums. Pour Lina Halimi, c’est exactement la vocation de ce type de rassemblement : « C’est un bon moyen de rencontrer, d’avoir un sentiment de communauté et de créer des liens. »
Et puis, tranquillement, vers 22h, les danseurs se fatiguent et la musique ralentit. Gigi monte sur scène, au centre des musicien.ne.s, et remercie tout le monde d’être venu, heureux devant cet amalgame hétéroclite d’amateur.trice.s de trad.
Le band plie bagage, mais la musique ne s’arrête pas encore. La soirée bascule plutôt en jam collectif. Le bar se vide doucement, mais les irréductibles restent, sortent leurs violons et cuillères et prolongent la nuit.
De mon côté, je m’assois sur le côté, saisie par ce qui vient de se dérouler sous mes yeux. Mon arrière-grand-mère aurait été fière de voir ça. La culture trad est florissante. Espérons qu’elle perdure, fasse des p’tits et fabrique d’autres passionnés, comme Gigi.
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Ce soir-là, à Montréal, une quarantaine de personnes étaient réunies pour une soirée de danse traditionnelle. C’est un événement bilingue, voire trilingue, avec quelques bribes d’espagnol lancées par-ci, par-là. Ici, peu importe la langue, ce sont nos jambes qui sont sollicitées et tout le monde est le bienvenu. Lina m’avait prévenue : le milieu trad est hyper accueillant. Eliot Million-Lovett, un habitué, le confirme : « Ils sont tous tellement gentils, tellement chaleureux… C’est contagieux. »
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Pour Gigi, son rôle est clair : « C’est comme une boule d’énergie qui me rentre dedans. Je la renvoie, je la fais circuler. » Avant une danse, il prend quelques minutes pour expliquer rapidement la mécanique des pas. Puis, le bal est lancé. Il saisit les mains de deux personnes, en fait tourner une et lead une file de danseur.euse.s d’un bout à l’autre de la salle. « Ce n’est pas un cours de danse, mais une veillée, un party », rappelle-t-il. Les faux pas surviennent sans gêne, avec beaucoup de rires. Se tromper fait partie de l’expérience.
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