Balado URBANIA
Saison 04 - Ép. 14

Le Nunavik, entre culture et survie

Pour son plus récent reportage, le réalisateur et photographe Jules Falardeau s’est rendu à Umiujaq, une communauté inuite d’environ 500 habitants située dans le Nord du Québec, à quelque 1200 kilomètres de Montréal. Il y a documenté la réalité de ce village isolé, accessible principalement par avion et motoneige.

Entre la transmission des traditions ancestrales et les réalités économiques complexes, ce voyage l’a profondément marqué. Dans cet épisode du balado d’URBANIA animé par Jean Bourbeau, Jules raconte son expérience dans ce paysage lunaire et glacial.

« C’est des communautés très isolées en fait: entre ce village-là et un autre, c’est à peu près 8 heures de skidoo pour se rendre. »

La chasse comme pilier de survie

À Umiujaq, les traditions ne relèvent pas du folklore, mais bien de la nécessité quotidienne. Lors de son séjour, Jules a suivi des élèves de l’école Kiluutaq pendant leurs cours de survie sur le territoire, où les aînés leur enseignent le maniement des armes et la sécurité sur le terrain.

La chasse au caribou et au béluga demeure une activité essentielle pour nourrir la communauté, d’autant plus que le coût de la vie y est exorbitant. Jules Falardeau rappelle cette réalité économique frappante : « De par leur histoire, aller à la chasse c’est vraiment une tradition, ça va de soi selon moi. Après ça, je sais pas qui a décidé d’inclure ça dans le programme scolaire, de donner accès à ça, mais ça se transmet aussi par famille ».

Les produits importés en épicerie affichent des prix astronomiques, rendant l’alimentation traditionnelle indispensable. Le partage du produit de la chasse — partagé avec la famille élargie et les autres membres du village — et la présence d’un frigo communautaire permettent à la population de subsister.

L’art de la sculpture en sursis

Dans un deuxième reportage, le réalisateur est allé à la rencontre d’un sculpteur local sur pierre à savon. Si l’art de la sculpture a historiquement permis aux Inuits d’intégrer une économie monétaire à partir des années 1940 pour pallier la baisse des revenus de la traite des fourrures, cette pratique est aujourd’hui menacée.

Travaillant à genoux dans son garde-robe, ce sculpteur a partagé ses doutes quant à la relève. Selon lui, les jeunes ne s’intéressent plus à cette pratique, car elle n’est plus viable financièrement face au coût actuel de la vie. Même si des enseignants tentent d’initier les élèves à la sculpture sur os ou sur panache, l’activité semble de plus en plus perçue comme un passe-temps plutôt que comme un métier d’avenir.

Un choc des réalités

Le reportage met en lumière le contraste saisissant qui habite la jeune génération d’Umiujaq.

D’un côté, les adolescents suivent les cours de survie de leurs aînés sur la banquise; de l’autre, ils arborent des cheveux teints en rose, portent des lunettes de soleil et restent connectés sur leurs téléphones intelligents.

Malgré l’isolement géographique, les dynamiques contemporaines traversent la communauté. Ce voyage, bien qu’épuisant physiquement pour Jules, l’a confronté à la résilience remarquable d’un peuple vivant dans l’un des endroits les plus inhospitaliers de la Terre.

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