Entre écoanxiété, féminisme radical et stratégies de manifestation impliquant le Canadien de Montréal, l’humoriste nous rappelle que si la fin du monde approche, autant la regarder avec une paille en plastique.
Si vous avez l’impression que le fil d’actualité ressemble de plus en plus au scénario d’un film catastrophe à petit budget, vous n’êtes pas seul. Coralie LaPerrière, autoproclamée « humoriste d’actualité » — un métier risqué par les temps qui courent —, partage ce constat. De passage sur la scène de Notre-Dame du Stand-Up, présentée par URBANIA, elle a livré une performance cinglante qui capture parfaitement l’air du temps : un mélange de panique, d’absurdité et de rire jaune.
Coralie LaPerrière ne fait pas dans la dentelle. Féministe assumée qui prie « Sainte Manon Massé » avant de se coucher, elle se définit aussi comme une fière anarchiste. Pourtant, son militantisme se heurte à une réalité pragmatique : la police est beaucoup plus clémente envers les fans de hockey qu’envers les manifestants.
Sa solution ? Porter un chandail du Tricolore dans les manifs. Après tout, comme elle le souligne avec justesse, les partisans du Canadien ont le droit socialement accepté de tout casser quand ils gagnent. Sa stratégie de défense face aux forces de l’ordre est imparable : « Non, je n’ai pas dit Fuck the police, j’ai dit Fuck les Maple Leafs ». Une nuance culturelle qui pourrait bien lui sauver la mise.
L’humoriste touche une corde sensible lorsqu’elle aborde notre capacité collective à normaliser l’intolérable. L’été dernier, alors que Montréal affichait la pire qualité d’air au monde, nous étions tous en terrasse à boire des « Aperol Smog ». Les médias parlent désormais de la « saison des feux de forêt » avec la même banalité qu’on annonce la saison du homard.
Pour Coralie, l’absurdité atteint son paroxysme avec les fameuses « tornades de feu », un concept qui semble tout droit sorti d’un niveau final de Mario Bros. Et pendant que la planète brûle, nous nous obstinons à débattre de l’efficacité des pailles en carton. L’humoriste soulève d’ailleurs une incohérence montréalaise savoureuse : comment expliquer qu’une paille en plastique prenne 500 ans à se décomposer, alors qu’une rue à Montréal ne tient pas cinq minutes avant de se désagréger ? Si l’on veut régler le problème des nids-de-poule, la solution est peut-être là : asphalter la ville avec des pailles en plastique.
Au-delà de l’environnement, Coralie s’attaque aux guerres culturelles qui monopolisent l’attention politique, souvent au détriment des vrais enjeux. Alors que le réseau scolaire craque de partout, la priorité gouvernementale semble être le retour du vouvoiement.
Elle écorche au passage la panique morale entourant le pronom « iel ». Pour elle, l’argument selon lequel on ne peut pas « inventer des mots » ne tient pas la route. « Lampadaire », c’est un mot inventé ; sinon, on dirait « grosse bougie magique ». Elle rappelle que ceux qui placent la grammaire au-dessus de l’empathie ne devraient probablement pas travailler dans un centre d’écoute.
Avec un humour qui frappe là où ça fait mal (mais qui fait du bien), Coralie LaPerrière nous prouve que même si on ne s’entend pas sur les solutions, on peut au moins s’entendre sur une chose : la situation est « accurate en esti ».