Entre pauses interminables et réflexions sur les batteries 9 volts, l ’humoriste Huilip a offert une performance mémorable à « Notre-Dame-du-Stand-Up ». Retour sur un passage où le silence est aussi drôle que les mots.
Si vous fréquentez les soirées d’humour montréalaises, vous savez que le stand-up est souvent une affaire de rythme effréné, de punchs à la minute et d’énergie débordante. Puis, il y a Huilip. Casquette vissée sur la tête, écouteurs autour du cou et canette à la main, l’humoriste a pris d’assaut la scène d’URBANIA avec un flegme si profond qu’il en devient presque hypnotique.
Dès son arrivée sur scène, Huilip annonce la couleur : il n’est pas là pour vous brusquer. Après avoir pris le temps de boire une gorgée de sa boisson et de fixer son téléphone, il entame sa performance par une observation sur le fil jaune de son micro. « C’est bien nice, le fil jaune », lance-t-il, laissant planer un silence qui, chez n’importe qui d’autre, aurait été insupportable.
C’est là que réside le génie de sa proposition. Huilip utilise le malaise comme un instrument de musique. Il ne cherche pas à combler les vides ; il les habite. Sa nonchalance est si authentique qu’on se demande parfois s’il improvise ou s’il est simplement dans un état de conscience supérieur.
Le contenu de son numéro est à l’image de son personnage : décalé et étrangement familier. On passe de ses réflexions sur l’ouverture de la SQDC — où il aurait enfin pu faire valoir ses dix ans d’expérience — à son passé d’homme-sandwich (ou plutôt d’homme-pain, faute de budget).
L’un des moments forts de sa prestation reste son analyse très personnelle de R2-D2. Pour Huilip, le célèbre robot de Star Wars est avant tout un « bon baiseur » qui insère son « petit pénis de robot » dans tous les ports USB de l’Étoile Noire. Une réflexion née alors qu’il léchait des batteries de 9 volts devant son téléviseur. C’est absurde, c’est cru, et c’est précisément ce qui fait mouche auprès d’une génération qui a grandi avec l’humour méta et les mèmes internet.
L’humoriste a également partagé sa philosophie de vie : la productivité de la dernière minute. Mais attention, pas n’importe laquelle. Huilip ne travaille que durant la dernière minute de chaque heure. Un calcul rapide lui permet de conclure que sa présence de huit minutes sur scène lui vaudra huit heures de repos complet par la suite.
Cette honnêteté désarmante sur sa propre paresse (ou son optimisation extrême du temps, selon le point de vue) résonne particulièrement dans un monde où l’on nous incite sans cesse à être plus performants. Huilip, lui, nous invite à ralentir, quitte à mentir à sa dentiste vétérinaire sur la fréquence d’utilisation de la soie dentaire pour son chien.
En terminant son set avec une anecdote sur les statues de lions devant les maisons italiennes et une astuce douteuse pour ne plus payer son loyer grâce à de vrais fauves, Huilip confirme qu’il est une voix à part.
Si vous avez manqué cette édition de « Notre-Dame-du-Stand-Up », ne faites pas la même erreur la prochaine fois. L’humour de Huilip ne se raconte pas, il se vit, entre deux silences et une gorgée de canette. Pour découvrir les prochains talents qui fouleront cette scène, restez à l’affût des prochaines dates. Vous ne le regretterez pas, même si, comme Huilip, vous décidez de ne rien faire durant les sept heures suivantes.
Présenté par Toujours Mikes