Incursion dans les entrailles de Montréal : un tunnelier appelé Lisette

Un monstre d'acier s'apprête à creuser le prolongement de la ligne bleue du métro. On est descendus à 26 mètres sous terre pour le voir à l’œuvre.

Pour comprendre la dynamique de ce chantier colossal, il faut d’abord en saisir les dimensions. Ce mastodonte d’acier mesure pas moins de 135 mètres de long et affiche un diamètre impressionnant de 10 mètres. Sa mission est claire : creuser jour et nuit le prolongement du réseau d’ici 2028, permettant ainsi l’ajout de cinq nouvelles stations vers l’est de la métropole.

Une machine, trois fonctions clés

Sarah Bédard Giulione, directrice de projet sur le prolongement de la ligne bleue, explique que cette imposante machine remplit un rôle triple sous nos pieds.

D’abord, une imposante roue de coupe vient creuser le roc. Ensuite, un convoyeur qui extrait tout le roc et l’amène à la surface. Puis, le tunnelier installe des voussoirs – des segments de béton préfabriqués – qui viennent créer le squelette du tunnel.

La femme derrière le tunnelier

Derrière cette prouesse technologique se cache également une touche de tradition. Dans le monde du génie civil, baptiser un tunnelier est un passage obligé pour s’attirer la bonne fortune.

Pour ce projet montréalais, le choix s’est arrêté sur le nom de Lisette. Un hommage à Lisette St-Onge, qui est entrée dans l’histoire en devenant la toute première femme à conduire le métro de Montréal en 1981.

À ses débuts, l’accueil du public n’était pourtant pas gagné d’avance, certains usagers de l’époque refusant carrément de monter à bord de son train, selon la Société de transport de Montréal (STM).

Dans l’antre du pilote

Le surintendant du chantier, Giovanni Fantaisie, cumule une trentaine d’années d’expérience dans le domaine. Originaire de l’île de la Réunion, son expertise l’a mené à piloter des tunneliers aux quatre coins du globe, notamment sur les réseaux de Paris et de Rennes, avant de s’attaquer au sous-sol montréalais.

À terme, la machine devrait atteindre sa vitesse de croisière pour progresser de 10 à 15 mètres par jour. Le rythme de travail, lui, est implacable. Les équipes se relaient sur des cycles de 14 jours de travail suivis de 7 jours de repos. Car une fois lancée, la machine ne s’arrête jamais : elle tourne 24 heures sur 24.

Passer sa vie professionnelle sous terre dans le bruit, la chaleur et l’humidité n’est pas donné à tout le monde. Pourtant, pour Giovanni Fantaisie, la routine s’est installée confortablement.

Interrogé sur ce quotidien hors-norme, il conclut avec le sourire : « Moi, je regarde plus parce que ça fait 30 ans et je suis toujours sous terre, donc je regarde plus. C’est une routine, on va dire. Après, il faut aimer. Il y a des gens, ils aiment pas ce métier, mais franchement, c’est quelque chose de bien. »

Publicité
Publicité