Quand on pense aux disciplines sportives les plus intenses, la boxe vient rapidement à l’esprit. Si on cherche un jeu de stratégie pure, les échecs s’imposent d’eux-mêmes. Réunir ces deux mondes dans une même compétition peut sembler saugrenu, et pourtant : le chessboxing est une réalité bien vivante.
Le principe de la discipline est aussi simple que brutal. On alterne les rondes d’échecs et les rounds de boxe. La victoire s’obtient au premier résultat décisif : « Soit c’est un échec et mat, ou un KO dans la boxe, il gagne la partie », résume Khaled Ben Gharbi, qui enseigne la discipline chez Chessboxing Montréal.
Pour plusieurs, affronter un adversaire sur l’échiquier réserve autant de craintes que d’échanger des coups dans un ring. Notre journaliste Benoît Lelièvre craignait davantage d’être échec et mat que de manger un coup de poing.
La popularité des échecs a connu un essor marquant dans les dernières années, stimulée par le contexte de la pandémie et le succès de la série The Queen’s Gambit. C’est durant cette période que l’intérêt pour la combinaison des deux univers a commencé à faire son chemin au Québec.
« J’ai su qu’il y avait un club à Montréal, ce qui est une rareté en fait en a juste deux au Canada », raconte Vincent Caron, adepte du chessboxing. Cette combinaison inédite attire un public varié, attiré autant par l’effort physique que par la réflexion pure. Les profils des membres oscillent entre passionnés de combat et fervents joueurs de stratégie, venus tester leurs limites.
En associant la rigueur tactique du plateau de jeu à l’intensité physique du combat, la discipline impose un défi mental hors du commun. Il ne s’agit pas seulement d’aligner les coups ou de déplacer des pièces, mais de gérer son énergie et sa lucidité d’une minute à l’autre.
Ça ajoute un layer de stratégie intéressant parce qu’il y a la gestion de l’énergie et la gestion des émotions, deux trucs vraiment différents », résume Vincent Caron. La simplicité d’accès aux deux univers facilite les premiers pas, dit-il, mais maîtriser l’ensemble demande un investissement total. « On peut apprendre les coups de base à la boxe, on peut apprendre comment les pièces bougent en un après-midi. Par contre, on peut dédier sa vie à devenir vraiment meilleur » dans l’une ou l’autre des disciplines.
Au-delà de la performance, l’alternance entre l’épuisement physique du ring et l’exigence intellectuelle du jeu crée une expérience déstabilisante. Après quelques minutes de combat intense, Benoît a réalisé que s’asseoir devant l’échiquier devient un exercice presque surréaliste.
Que l’on soit amateur de tactique ou adepte de sport de combat, l’expérience offre une perspective rafraîchissante sur deux univers que tout semble opposer.