Le créateur de contenu et désormais documentariste Mounir Kaddouri, alias « Le Maire de Laval », s’est arrêté au balado d’URBANIA pour discuter de son dernier projet avec l’ONF, Après moi le déluge. Un film qui tente de comprendre pourquoi le fossé entre la télévision traditionnelle et la jeunesse ne cesse de s’agrandir.
« Est-ce que les jeunes ne s’intéressent pas à la culture québécoise ou la culture québécoise ne s’intéresse pas à la jeunesse ? » Cette question, posée par Mounir Kaddouri lors de son passage à Tout le monde en parle, est au cœur de sa réflexion. Pour lui, la réponse penche vers la deuxième option, affirme-t-il au micro d’Hugo Meunier, soulignant une déconnexion profonde entre les institutions et les nouvelles manières de consommer du contenu.
Le documentariste remet aussi en question l’idée que la télé linéaire domine encore largement le temps d’écoute des jeunes. Il raconte avoir été surpris par les affirmations de la vice-présidente de Numéris, qui avançait que 60 % du temps d’écoute des 18-34 ans se ferait encore devant la télévision traditionnelle. Pour Mounir, ce discours sert surtout à éviter que les annonceurs ne désertent.
Malgré ce constat lucide, Mounir a trouvé des raisons d’espérer en allant à la rencontre d’étudiants en communication du Cégep Montmorency. Loin d’avoir abandonné la culture québécoise, ces jeunes s’y intéressent à leur manière. Il a même découvert que certains faisaient leur projet de fin d’études sur le rapport des jeunes à la culture québécoise.
Après moi le déluge n’est pas seulement un constat d’échec, c’est une invitation à l’essai et à l’erreur. Pour Mounir Kaddouri, des diffuseurs publics comme Radio-Canada et Télé-Québec ont le « devoir d’essayer des affaires ». Son documentaire, premier projet de l’ONF conçu spécifiquement pour YouTube, est en lui-même une preuve que le changement est possible, pourvu qu’on accepte de bousculer les structures établies.
Dans son documentaire, Mounir s’attaque notamment au système de mesure des cotes d’écoute de Numéris, qu’il qualifie de « bric-à-brac ». Selon lui, l’industrie s’accroche à des méthodes de calcul archaïques pour satisfaire les impératifs financiers des annonceurs. « Pourquoi vous ne seriez pas au service de la population ? », demande-t-il aux décideurs, déplorant que les « vrais chiffres » détenus par les câblodistributeurs soient ignorés au profit d’échantillonnages statistiques limités.
Un autre point crucial soulevé par Kaddouri est le manque d’innovation dans la mise en marché des productions télévisuelles. Prenant l’exemple de la série Rouge forêt, il explique que le modèle actuel empêche souvent les bonnes œuvres de trouver leur public. « La mission d’URBANIA, c’est de recevoir la commande puis de remettre la cassette », illustre-t-il, soulignant que tout le marketing repose ensuite sur les diffuseurs, dont les grilles sont souvent trop chargées pour offrir un traitement personnalisé à chaque projet.
Sans un « TikTok viral » ou un « discours en ligne », même les séries de qualité peinent à devenir iconiques en 2026. « Est-ce que ça participe à l’écosystème de contenu qu’on consomme toutes ? », se demande-t-il. Pour lui, le sport en direct reste le dernier grand rempart de la télévision linéaire, un phénomène qui « génère la cote d’écoute » pendant que le reste de la programmation cherche désespérément à capter l’attention d’une génération déjà partie ailleurs.