Pour la première fois en un quart de siècle, une pièce québécoise franchit les portes de la mythique Comédie-Française à Paris. Évelyne de la Chenelière, accompagnée du metteur en scène Florent Siaud, nous transporte dans l’univers de Virginia Woolf pour une création qui allie poésie, féminisme et fragilité de l’existence.
La force de cette proposition réside dans sa capacité à faire résonner le passé avec le présent. Aymeline Alix, qui interprète Lily Briscoe, souligne la pertinence actuelle du propos : « Ça parle de la condition des femmes à l’époque de Virginia Woolf, mais ça résonne aussi énormément aujourd’hui. » Lily est cette artiste luttant pour son émancipation dans un monde qui lui refuse sa place de créatrice.
Le metteur en scène Florent Siaud décrit son approche comme un « va-et-vient impressionniste dans les couloirs du temps », offrant au public parisien une expérience intime et flottante. En s’installant à deux pas du Louvre, cette production crée un pont magnifique entre Montréal et Paris, célébrant une écriture d’une « délicatesse rare ».
Entrer à la Comédie-Française n’est pas un mince exploit. Pour Évelyne de la Chenelière, l’émotion est palpable. En foulant les planches de cette institution tricentenaire, elle mesure l’ampleur de l’événement : « Je suis très reconnaissante et je me sens privilégiée parce que je ressens la charge symbolique de l’institution, son histoire. Je le reçois comme une curiosité pour les écritures contemporaines étrangères », confie-t-elle avec humilité.
L’œuvre puise sa sève dans le chef-d’œuvre de Virginia Woolf, Vers le phare (1927). Mais plus qu’une simple adaptation, la pièce est une création librement inspirée du roman, mais aussi de la vie et du destin de l’écrivaine britannique. Le récit se concentre sur deux figures féminines centrales : Madame Ramsay et Lily Briscoe. Pour Florence Viala, qui incarne Madame Ramsay, le texte est d’une richesse rare : « C’est un texte pour moi extrêmement poétique et en même temps extrêmement profond, extrêmement humain. »